La Fondation pour l’innovation politique organise depuis six mois un séminaire sur les relations transatlantiques, dont le principal objet est de s’interroger sur la nature de l’identité européenne. En effet, on se définit toujours par rapport à l’autre, et la nature de l’Europe en mutation dépendra grandement de la nature des liens qu’elle entretiendra avec les États-Unis. Dans sa recherche, la Fondation a souhaité donner la parole aux différentes sensibilités des peuples de l’Europe. Au-delà des divergences intra- ou internationales, un certain nombre de constantes se dégagent.L’Irak, d’une part, a entraîné une redéfinition des identités nationale et européenne et un repositionnement vis-à-vis des États-Unis. La crise a invité à repenser l’identité européenne dans un cadre nouveau.
Il est clair, d’autre part, que ceux qui entendraient construire l’Europe ou son identité contre les États-Unis ne trouveraient aucun soutien en Europe. Ni les Allemands ni, a fortiori, les nouveaux membres, sans même parler des Anglais, ne sont prêts à une telle posture.
Mais on est aussi frappé, notamment chez les nouveaux membres de l’Union, de la constance d’un réflexe européen chaque fois qu’il s’agit de délibérer sur un problème concret. Qu’il s’agisse du protocole de Kyoto, de la Cour pénale internationale, de la défense commune, les nouveaux membres prennent spontanément une position « européenne ». Mais on les mettrait dans l’embarras en leur demandant d’en tirer la conclusion que, ce faisant, ils s’éloignent des États-Unis. Donc l’identité européenne progresse mais, pour la favoriser, évitons les généralisations et les grands desseins.
Enfin, quand les Européens arrivent à se mettre d’accord sur des objectifs, même limités, en matière de politique étrangère, ils existent vis-à-vis des États-Unis : l’exemple iranien est à cet égard frappant. En revanche, la voie nationale conduit souvent à l’inefficacité et toujours à la division européenne qui permet aux Américains, et c’est bien légitime de leur point de vue, de s’asseoir à notre table et de discuter avec certains d’entre nous avant que nous ayons pu prendre une position commune.