Au dérèglement climatique, l’Europe oppose sa transition énergétique. Mais ce sont deux révolutions qui remodèlent la scène énergétique mondiale : d’un côté, les énergies renouvelables et les économies d’énergie ; de l’autre côté, les hydrocarbures dits « non conventionnels », que les Européens ont pris l’habitude de traiter par l’imprécation ou l’ignorance volontaire. Pourtant, en dehors du Vieux Continent, la planète connaît un essor démographique et une élévation des niveaux de vie sans précédent ouvrant sur un nouveau cycle d’augmentation de la consommation d’énergie. Il s’ensuit un recours croissant aux hydrocarbures que les renouvelables ne pourront que ralentir.

Les percées technologiques pétro-gazières sont aussi spectaculaires que les progrès du solaire et de l’éolien. La baisse des prix du pétrole montre comment ces innovations ont replacé les États-Unis au centre du jeu énergétique et mis à mal les modèles et stratégies de l’OPEP ainsi que des majors et des pays en développement producteurs. Poussant leurs productions pour compenser leurs pertes de revenus, l’Arabie saoudite et la Russie impulsent une nouvelle vague de gains de productivité dans les tight-oil plays américaines.

Bâti sur la priorité donnée aux souverainetés, le succès de la COP21 est en partie en trompe-l’œil. Le moment est venu pour l’Europe de prendre en compte le dynamisme du secteur pétrolier via un nouveau marché du carbone, plus efficace, la capture et séquestration des émissions liées aux hydrocarbures et une remise en cause de la vision de l’énergie comme simple enjeu environnemental alors que prend forme une nouvelle géopolitique de l’énergie, conditionnée par la combinaison des hydrocarbures et du solaire.