En France, la seule évocation du terme « lobbying » conduit généralement à susciter la suspicion. Dans l’inconscient collectif, sa pratique nuirait gravement à la santé démocratique. Elle est pourtant monnaie courante et pleinement assumée dans une grande partie des pays occidentaux. Loin de se cantonner à la simple caricature d’une activité occulte agissant aux frontières de la légalité, le lobbying – souvent mal compris et mal défini – constitue au contraire une démarche susceptible d’être bénéfique à la prise de décision politique, à condition qu’il soit régulé.
Malgré le rejet dont il fait l’objet dans l’Hexagone, le lobbying n’y est pourtant ni un phénomène récent, ni un phénomène exceptionnel. Désormais omniprésent dans l’espace public, il est aujourd’hui en pleine expansion. Dès lors, l’exception française en la matière réside en fin de compte davantage dans un rejet d’ordre moral que dans la critique d’une pratique qui, dans les faits, s’avère être une réalité à laquelle la France s’est manifestement bien accommodée. Sans dresser une apologie naïve du lobbying ni, à l’inverse, l’observer avec les seules lunettes de la défiance, cette note se fixe pour objectif de lever le voile sur une activité inhérente au jeu politique. Dit autrement, au-delà d’un travail de « dédiabolisation » qu’elle entend également mener, c’est une rupture avec l’« hypocrisie française » en la matière dont il est ici question.

Cette note a été écrite par Anthony Escurat, doctorant en science politique à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence.

Crédit photo home : Flickr – CC – Brian Smithson

Février 2016 | ISBN : 978-2-36408-096-6 | 44 pages