L’accueil des étrangers donne de plus en plus lieu à des prises de position éthiques allant dans le sens, pour les pays développés et notamment européens, d’un devoir d’accueil inconditionnel. Ce postulat, qui est celui de la gauche libérale mais aussi du pape François et d’associations spécialisées dans l’accueil des étrangers, passe pour la position éthique par excellence, la « seule attitude morale ». Or l’examen attentif des travaux de philosophie morale consacrés à l’immigration va à l’encontre de ce qu’il faut bien appeler un préjugé. Le consensus des philosophies morales et éthiques existantes est qu’il est parfaitement légitime pour un État, sur le plan éthique, de réglementer sévèrement l’immigration et, au besoin, de l’exclure.

Cette note examine de façon critique le point de vue de sept philosophies morales sur la question de l’immigration : éthique libérale de gauche, éthique libérale classique, éthique chrétienne, éthique libertarienne, éthique communautarienne, éthique du club et éthique de la confiance. Les points de vue de John Rawls et de l’utilitarisme sont également très rapidement présentés.

L’examen commence par les éthiques qui prônent l’accueil inconditionnel : position open borders de la gauche libérale, éthique chrétienne et éthique libertarienne. Les faiblesses de construction de ces éthiques permettent de mettre en valeur la pertinence de la philosophie libérale classique sur la question de l’immigration. Puis ce sont les éthiques favorables à la position closed borders qui sont passées en revue : éthique communautarienne, éthique du club et éthique de la confiance ; elles ne sont pas exemptes de faiblesses mais certains de leurs arguments sont très pertinents.

Enfin, la présente note s’achève par un appel à croiser le regard de la philosophie morale sur l’immigration avec celui de la philosophie politique (souvent trop négligée) et de la science économique qui a atteint sur cette question un haut niveau de sophistication, tant il est vrai qu’il serait illusoire de prétendre définir une position éthique sur l’immigration dans l’ignorance du politique et de l’économique.

Cette note a été écrite par Jean-Philippe Vincent, ancien élève de l’ENA, maître de conférences à Sciences-Po, membre du comité de rédaction de la revue Commentaire.