En France, la primaire est née à gauche, et c’est celle du PS qui sert désormais de modèle parce que la plus achevée, celle de 2011, a permis de désigner sans heurt un futur président. Sur les modalités, l’UMP n’a pas cherché à innover. Au-delà des clivages politiques, faut-il en conclure que, face aux mêmes obstacles et aux mêmes enjeux, les grands partis de gouvernement sont contraints aux mêmes choix ? Mieux, faut-il croire que ces mêmes choix produisent les mêmes effets sur les acteurs de cette compétition ? L’exercice qui a permis à François Hollande d’être désigné comme candidat du PS a été un laboratoire. À travers lui, on observe pourtant un profond décalage entre ce qui avait été imaginé et ce qui s’est réellement passé, aussi bien dans la campagne interne que dans le mode de gouvernance qui en a résulté. Primaire rêvée, primaire réelle ? Primaire initiale, primaire de toujours ? Ce mode de sélection repose sur des lois assez simples, dont la plus essentielle est celle du nombre. Il n’y a pas de primaire réussie hors de la mobilisation la plus large possible. Mais, en même temps, cet effet de masse bouscule le mode d’animation des partis, la mise en scène des ambitions rivales et, d’une certaine façon, les rapports de force qui en découlent au sein de l’exécutif. En ce sens, la primaire contribue à dessiner le nouveau visage de la Ve République. Elle célèbre l’ultime ingérence du libéralisme culturel dans un système fondé sur la promotion de l’autorité.

Cette note a été écrite par François Bazin, journaliste indépendant et responsable du blog lirelasuite-francoisbazin.fr.

Crédit photo home : Flickr-CC – Tonio Vega

Juin 2015 | ISBN : 978-2-36408-084-3 | 48 pages