Si les géants américains des nouvelles technologies sont tantôt adulés à l’occasion du lancement de leurs produits, tantôt vilipendés pour leur emprise sur notre vie quotidienne, leur usage massif des données personnelles ou le peu d’impôts dont ils s’acquittent, un sujet reste largement occulté : leur influence grandissante dans la finance internationale.

Fortes d’un succès commercial sans précédent, les entreprises phares de la « tech » ont accumulé ces vingt dernières années d’immenses réserves de liquidités dans leurs trésoreries. À contre-pied de leur image d’innovateurs de premier plan, elles ont fait le choix d’une gestion ultraconservatrice de ce capital. Ce phénomène de thésaurisation, sans égal dans l’histoire du capitalisme, prive l’économie de capitaux productifs et entretient la pénurie d’actifs sûrs avec des dommages collatéraux sur l’équilibre économique mondial.

Des solutions existent pour ralentir cette accumulation de liquidités : renforcer le pouvoir des actionnaires dans l’allocation des profits afin d’encourager leur distribution, imposer aux « Big Tech » des contraintes propres à la régulation financière pour décourager la rétention de liquidités sur leurs bilans ou encore taxer davantage leurs profits pour limiter de facto le potentiel de thésaurisation à venir. Mais ces solutions ont toutes pour limite de s’attaquer au symptôme plutôt qu’à la cause du problème : des profits anormalement élevés qui résultent aujourd’hui davantage d’une monopolisation croissante des segments clés du marché des nouvelles technologies que de la poursuite d’un processus d’innovation aussi exigeant qu’il l’a été par le passé.

Cette note a été écrite par Paul-Adrien Hyppolite, ingénieur du corps des Mines, diplômé de l’École normale supérieure (normalien B/L) et de l’École polytechnique, chercheur invité à Harvard University ; il a travaillé pour une banque d’affaires conseillant des gouvernements, un fonds d’investissement et une entreprise du secteur spatial, et Antoine Michon, ingénieur du corps des Mines, diplômé de l’École polytechnique, dont il fut major de promotion ; il a travaillé pour une plateforme de données financières, une entreprise spécialiste des solutions de mobilité urbaine, ainsi qu’un fournisseur de logiciel de gestion et d’analyse de données.

La seconde partie de cette note est publiée simultanément et s’intitule Les Géants du numérique (2) : Un frein à l’innovation ?. Elle propose des solutions pour rétablir une juste concurrence dans le secteur des nouvelles technologies.

Une version anglaise de cette étude sera bientôt disponible sur le site de la Fondation pour l’innovation politique.