En communication politique, il existe des croyances tenaces. Ainsi, les partis français, impressionnés par la campagne américaine, affectent-ils d’importantes ressources au Web. Terra Nova, fondation proche du PS et plusieurs consultants souhaitent aussi que notre vie politique évolue à l’américaine. La presse relaye leur thèse avec force.
Toutefois, cette magnifique unanimité ne doit pas interdire de se poser deux
questions fondamentales : quels sont les effets réels du Web le jour de
l’élection ? Est-il possible de transférer le modèle américain en France
Certes, l’Internet constitue un véritable outil de mobilisation militante.
Il améliore aussi, de façon marginale, l’offre d’information. Mais en
réalité, aucune étude n’a démontré son influence réelle sur le vote. En
revanche, le CEVIPOF (Thierry VEDEL et Yves-Marie CANN) s’est intéressé à l’apport du Web à partir du corpus des élections de 2007.

Leur étude démontre que l’Internet touche des internautes politisés. Elle
postule aussi que  » les vieux médias ne sont pas morts  » et que les blogs
les plus fréquentés sont ceux des professionnels de l’information. Quant à
ceux des internautes, l’essentiel de leur production consiste à commenter
des informations déjà publiées. Grâce à son baromètre (automne 2006 à mai
2007), le CEVIPOF, établit que la source principale d’information politique
est la télévision (jusqu’à 88 % des électeurs) largement devant l’Internet
(jusqu’à 21 %). Ces chiffres doivent être rapprochés de la fracture
numérique : 1 foyer sur deux bénéficie du haut débit !

Dans ces conditions, peut-on sérieusement affirmer que l’utilisation de
l’Internet  » façon Obama  » puisse réellement impacter sur les votes des
Français ? Notre pays possède sa législation électorale : plafonnement des
dépenses, interdiction des financements par les entreprises et de la
publicité politique à la télévision. Sans compter la  » jurisprudence  » de la
CNIL. Intéressant aussi, le dernier sondage Harris : 81 % des internautes
français interrogés ne font pas confiance aux réseaux sociaux.
La France a sa culture politique et son système électoral : le temps (long)
pour devenir Président et l’absence de primaires institutionnalisées.

Enfin, la communication ne fait pas, à elle seule, l’élection. La
personnalité du candidat, celle de ses concurrents, celle des différents
soutiens, le projet porté par un message de fond, les jeux et autres enjeux
politiques constituent des facteurs plus pertinents. Décidément, il ne
suffit pas d’affirmer les choses pour qu’elles s’avèrent exactes.

Article publié pour la première fois le 14 avril 2009 dans PCom’Publique

L’auteur

Freddy ROY, titulaire d’un DESS de communication, politique et animations locales (Paris I-Sorbonne), consultant en communication publique et chargé de cours à l’UVSQ et à Paris 13.