Impliquer les citoyens dans des projets de service public au travers de processus d’ouverture des données publiques est une réalité qui devient tangible et qui semble ouvrir des perspectives à la fois de redynamisation de l’engagement politique et de diversification de l’activité économique.
Cette révolution culturelle, attendue dans les administrations, apparaît sous diverses formes dans le monde. On retiendra, à cet égard, l’exemple du Treasury – ministère du budget du Royaume-Uni – qui depuis janvier dernier publie le rapport détaillé de ses dépenses. D’un état antérieur où les données étaient jalousement gardées à une posture actuelle d’ouverture, le passage s’est opéré spectaculairement, comme en témoigne le recours du Treasury à la plate-forme de transfert BitTorrent habituellement utilisée par le grand public pour le partage de pair-à-pair de fichiers vidéo ou Mp3.
Il est admis que ce changement dans les pratiques marque un vrai tournant et que le processus n’en est qu’à ses débuts. Il faut s’attendre, comme le signale un article récent du Guardian, à recevoir un « déluge » d’informations publiques sous forme de données ouvertes émanant non seulement des administrations mais aussi d’entités diverses, comme par exemple d’organismes de transports ou d’hôpitaux. Ce sera certes une situation favorable pour la transparence, le travail collaboratif et l’implication citoyenne dans la création de services d’intérêt général. Mais derrière ces formules, des doutes apparaissent et c’est la question de la description des données, de leur fiabilité, de leur mise à jour, de leur exploitation, des technologies utilisées pour les véhiculer, et des usages qui en émergent qu’il faudra à court terme résoudre.
On voit que la question de l’utilisation des données pose le problème de leur normalisation. Les pays européens se sont mobilisés sur le sujet, pour tout ce qui concerne les données géographiques, et sont en ordre de marche pour produire dans le cadre d’un programme intitulé « Inspire », un modèle conceptuel générique destiné à rendre les systèmes interopérables et permettre un usage intelligent de ces données. Mais ce travail important de normalisation a un revers. Conduit par les instances institutionnelles européennes, il est gigantesque. Les résultats seront livrés par étapes successives et demanderont beaucoup de temps. Aux Etats-Unis, un standard a été créé, l’open311, qui permet aux développeurs de concevoir aisément des applications web en utilisant des méthodes de mise en œuvre déjà élaborées et mutualisées entre plusieurs villes : San Francisco, New York, Pittsburgh, Boston, Vancouver, Toronto… Cela signifie qu’une personne vivant à San Francisco et voyageant à Portland ou Boston, peut utiliser la même application pour obtenir des services implantés localement.
En attendant de voir chez nous de telles avancées, les développeurs peuvent toujours se donner du grain à moudre, en travaillant la matière brute ou en amassant « artisanalement » des données. C’est l’expérience qu’ont menée, avec enthousiasme, les constructeurs du site NosDéputés.fr, proposant ainsi une préfiguration de possibles futures applications citoyennes. La profusion des idées en cours est un point positif et indique que des champs nouveaux d’activités sont à investir. Les entreprises devraient en prendre conscience, et se préparer à saisir ces  marchés de demain, particulièrement en anticipant leurs besoins en compétences.