« Digital Economy Rankings » est l’édition 2010 d’une série d’enquêtes commencées en 2000 qui portaient jusqu’ici le nom « E-readiness ». Cette étude, réalisée par IBM en coopération avec l’Economist Intelligence Unit (division études de l’hebdomadaire The Economist ), vise à mesurer le dynamisme et le niveau d’appropriation technologiques d’une nation. La mouture 2010 crée la surprise et la déception car la France perd cinq places par rapport aux résultats de 2009 et se classe à présent en 20e position. Ce « glissement » de la France n’est qu’en partie expliqué par la modification des critères d’évaluation de l’étude.
Notons tout d’abord que cette étude prenait habituellement en considération, sur un panel de 60 pays, leur niveau de préparation (e-readiness) à l’entrée dans l’économie numérique, et que le panel vient d’être élargi à 70 pays. Comme le titre de l’étude le suggère, nous passons à un niveau d’exigence supérieur: l’évaluation porte non seulement sur la qualité des infrastructures des technologies d’information et de communication de ces pays, mais aussi sur la capacité des usagers, des entreprises et des gouvernements à en tirer avantage.
Ce changement de paramètres explique en partie le glissement de la France. Parmi la centaine de critères que l’Economist Intelligence Unit a analysé son panel, certains ont été  introduits pour la première fois, pour mesurer notamment la qualité du débit et des connexions par terminaux mobiles. Ainsi, l’évaluation a voulu prendre en compte, en particulier, le degré de développement des réseaux ultra haut débit, les investissements dans la fibre optique et le nombre d’abonnements au réseau Internet 3G et 4G. Autre nouveauté: l’évaluation du niveau de connexion au réseau Internet se fait maintenant par rapport à une base de 100% d’habitants connectés et non plus de 75%. Enfin, l’étude mesure pour le première fois l’accès aux réseaux de fibre optique. S’il est actuellement encore assez faible dans le monde et représente moins de 9% de la totalité des connexions, plus de 70% des utilisateurs sont en Asie, où des investissements ont été réalisés dans les infrastructures de nouvelle génération.
Donc, l’ajout de ces indicateurs explique le recul des pays les mieux classés dans l’enquête précédente, les pays d’Amérique du Nord et un certain nombre de pays d’Europe. A la différence des ces derniers, les pays d’Asie voient leurs scores – et leur classement final – en nette progression. C’est le cas de Taïwan (12e place), de la Corée du sud (13e place) et du Japon (16e place).
Par ailleurs, en observant les résultats sur chacun des six grands critères de l’étude : connectivité et infrastructures ; environnement économique; environnement social et culturel ; environnement légal ; politique gouvernementale et vision ; appropriation par les usagers et les entreprises, on peut constater que la France recule aussi sur la question du e-gouvernement où elle occupe maintenant la 17e place (7e en 2009).
Ce critère prend en compte, en premier lieu, la stratégie de développement digital, mais aussi l’implication digitale des citoyens. Il reflète les nouvelles formes d’interactivité entre les publics et le gouvernement – en d’autres termes l’application de modalités de gouvernement 2.0 – qui permettent à chaque individu ainsi qu’aux entreprises d’accéder aux données publiques, de mieux partager des informations utiles à l’exercice de la citoyenneté, et de peser sur les décisions politiques.

Claude Sadaj