Le développement des usages d’internet a permis de mettre en évidence le potentiel que représentent les communautés d’internautes, en particulier dans le web 2.0. C’est une véritable manne d’intelligence collective formée d’individus éloignés les uns des autres, dans le monde réel, mais très proches virtuellement et capables de s’impliquer dans des projets communs. En effet, le web foisonne d’utilisateurs passionnés, créatifs, volontaires, dont certains sont très productifs au travers de leur engagement dans des projets de toute nature (divertissement, dépannage, conseils, service d’intérêt général…). C’est cette richesse latente, disponible qui est sollicitée parfois par un demandeur, pour trouver la solution à son problème. C’est ce qu’on a appelle, selon la terminologie anglo-saxonne, le crowdsourcing, dont l’équivalent serait en français l’« externalisation à grande échelle ». Le crowdsourcing ne s’assimile pas obligatoirement à du bénévolat car il peut donner lieu, dans certaines configurations, à une rétribution. Le procédé est performant car il fait appel à toutes les imaginations de la planète et il est économique, dans l’absolu, car il crée une synergie des contributions en évitant la duplication des efforts. Ainsi a été créé Wikipédia pour la mutualisation des connaissances.

C’est dans ce même esprit que pourraient être promues de nouvelles manières de travailler dans les administrations françaises où les projets sont dorénavant très contraints en termes de moyens.

Aux Etats-Unis, depuis peu, un mouvement a été impulsé dans ce sens, pour connaître les besoins et les attentes des citoyens, et définir en concertation avec eux, les orientations de politique locale. Ce principe opérationnel a été clairement réaffirmé par Obama, rappelant la nécessité d’une plus grande ouverture et d’une plus grande transparence des administrations. Mais il manquait un outil public pour permettre un recours direct et effectif aux citoyens. Voilà qui est fait. Le 7 septembre dernier, la Maison Blanche a ouvert la plateforme collaborative « challenge.gov ». Cette plateforme est conçue sur le modèle d’innocentive.com, autre expérience de crowdsourcing, privée et orientée en R&D, qui fonctionne avec succès aux Etats-Unis depuis environ une dizaine d’années. Challenge.gov est d’ores et déjà mise à la disposition gratuite des agences administratives fédérales, lesquelles sont invitées à poster leurs « challenges ». Ces appels à concourir sont assortis de dotations très stimulantes, abondées ponctuellement avec la participation de partenaires privés. On peut donc y trouver une liste de concours avec les prix correspondants, dont certains atteignent une enveloppe de 15 millions de dollars. Des problèmes variés sont proposés à la réflexion du public. Ainsi, peut-on voir que le ministère de l’environnement lance une recherche sur la création de voitures plus respectueuses de la sécurité des conducteurs et de l’environnement (dotation de 10 millions de dollars), ou que le ministère de l’éducation souhaite récompenser des solutions pédagogiques nouvelles pour mieux motiver les élèves à l’école (67000 dollars), ou encore que le ministère de l’agriculture incite à inventer des recettes diététiques et originales pour les cantines scolaires (12000 dollars) etc. Il y a déjà 23 entités gouvernementales qui utilisent le site comme outil de dialogue public. Les concours sont très ouverts et ne s’adressent pas uniquement aux Américains mais à l’ensemble de la population mondiale.

On ne doute pas que l’invention et l’innovation trouveront sur challenge.gov un terrain d’expression très stimulant. La France pourrait s’en inspirer…

Claude Sadaj