En Afrique, l’utilisation des technologies d’information et de communication offre des possibilités inédites de présence et de contrôle d’événements majeurs, tels que l’élection d’un chef d’Etat ou d’un gouverneur. L’appropriation des outils et la liberté d’en user advient plus ou moins aisément mais dans tous les cas elle donne de vrais espoirs pour l’avenir. Nous en avons un exemple récent avec la mise en place par des organisations civiles soudanaises, le Sudan Institute for Research and Policy (SIRP) , et l’Asmaa Society for development,  de la plateforme collaborative Sudan VoteMonitor, qui a permis de tracer les dysfonctionnements survenus au cours du dernier scrutin visant à élire le président, le parlement national, le parlement du Sud-Soudan, les gouverneurs et les assemblées provinciales.
Pour la première fois depuis 24 ans, les candidats du parti au pouvoir ont dû affronter des concurrents pour les sièges des assemblées provinciales et pour les postes de gouverneur. L’Union européenne disposait de 130 observateurs à travers le Soudan, aux côtés de la Fondation Carter, qui a également suivi le processus. Mais la nouveauté, pour la circonstance, a été l’installation, à titre expérimental, de cette plateforme 2.0, développée par Ushahidi, un groupe de volontaires d’Afrique (Kenya, Ghana, Malawi, Afrique du Sud), d’Europe (Pays-Bas) et des Etats-Unis, permettant à la population de rapporter par téléphone en temps réel les anomalies constatées. Au Soudan, compte tenu du faible développement des infrastructures, l’usage des communications mobiles est très répandu.
Ainsi, le lien établi avec une plateforme de ce type, est un moyen simple pour effectuer des observations en temps réel sur ce qui se produit pendant des élections, en particulier dans les parties les plus reculées d’un pays. D’ailleurs, depuis trois ans déjà, dans d’autres pays, des ONG mènent avec succès des opérations indépendantes de contrôle de scrutin à l’aide des technologies d’information et de communication, notamment avec des logiciels open source ainsi qu’avec le soutien d’équipes volontaires. Le procédé est toujours le même : on transmet des informations via des SMS, des emails ou par le web et on peut visualiser les résultats sur une carte.
Le principe de la mobilisation collective pour résoudre un problème d’intérêt général, ici des tentatives de fraude électorale, est d’une grande efficacité. Les avantages du crowdsourcing ne sont plus à démontrer. Dans le cas présent, ce qui est remarquable, c’est la perspective offerte à des populations, depuis longtemps frustrées par des élections peu motivantes, car trop souvent manipulées, de s’exprimer individuellement mais aussi d’agir pour la communauté. Les résultats de l’expérimentation ont été jugés satisfaisants avec 52 rapports mis en ligne sur le site durant les deux premières journées du scrutin et environ 3000 visiteurs uniques. Sans doute inquiété par cette expérience, le pouvoir, rétabli dans ses fonctions, a bloqué sur la zone du Soudan dès l’issue des élections, l’accès au site Sudan VoteMonitor. Dans ce contexte de brimades et de limitations des libertés, on peut imaginer la puissance d’attrait des outils du web 2.0.
En janvier 2011 aura lieu le référendum d’autodétermination du sud-Soudan. Ce sera une expérience forte pour déceler, à travers les usages d’internet, les signes d’une évolution démocratique au Soudan.

Claude Sadaj