L’Inde s’apprête à créer une identité infalsifiable pour ses 1,2 milliard habitants. Une immense base de données, contenant des informations biométriques – iris et empreintes digitales – associées à un numéro d’identification unique, permettra bientôt à chacun d’obtenir une existence légale et de faire valoir ses droits. En Inde, on aura donc recours à des procédés de reconnaissance physique assurés par les technologies numériques. Comme souvent, l’innovation naît d’une rupture. En France nous n’avons pas encore envisagé de généraliser ce procédé que nous maîtrisons bien.Au Moyen Âge, en Europe de l’Ouest, l’identification des habitants se réalisait essentiellement par la reconnaissance des visages. De leur côté, les paroisses catholiques tenaient des registres où étaient consignés les principaux événements de la vie des familles. C’est à partir du XVIe siècle que, progressivement, les procédures administratives officielles et écrites se sont imposées et qu’en France, l’ensemble de la population a pu être répertorié. Aujourd’hui, les dispositifs d’identification des personnes sont multiples et se cumulent (état civil, carte d’identité, carte de sécurité sociale, carte d’électeur, casier judiciaire, numéro fiscal, identifiants professionnels, adresse IP, etc..). Ces éléments, certes disparates et envahissants, contribuent à l’élaboration d’une idée de soi, à la conscience d’être quelque part dans le temps et dans l’espace. Ils donnent accès à un statut social et à des droits.

Ce projet indien, innovant du point de vue de la justice sociale,  prend précisément son origine dans le problème de l’accès équitable aux aides sociales de personnes très démunies et souvent analphabètes. Dans un article du journal Les Echos du 4 octobre dernier, on apprend que la raison essentielle avancée par les pouvoirs publics pour le lancement de ce projet à dimension industrielle est la difficulté de lutter contre la corruption, notamment parmi les fonctionnaires. En effet, 85 % des fonds sociaux n’atteindraient jamais leurs destinataires.

Au delà des avantages attendus pour les habitants de l’Inde, on peut se féliciter du choix des technologies retenues, puisqu’elles sont à la fois performantes pour gérer de grandes quantités de données et… françaises. Elles seront fournies par la filiale sécurité du groupe Safran.

Grâce à cette initiative du gouvernement indien, il est certain qu’une réflexion pourra être engagée en France sur les pratiques innovantes de l’Etat et des administrations.

Claude Sadaj