Désireux de voir bientôt leur maison raccordée au réseau de fibre optique et lassés de ne pouvoir profiter du réseau internet au même titre que les citadins, les habitants de certaines communes rurales semblent avoir décidé de s’appliquer le bon vieux dicton suivant : on n’est jamais si bien servi que par soi-même.C’est ainsi qu’on a pu lire ces derniers temps, dans la blogosphère, un appel à la mobilisation citoyenne pour aider à creuser des tranchées sur la voie publique en vue d’y faire passer de la fibre optique. On pourrait croire, a priori, qu’il s’agit d’une plaisanterie. Mais non. L’initiative est bien lancée dans ce village de Villiers-le-Mahieu, situé à quelque 50 km à l’ouest de Paris. L’élu local, pour l’heure acquis à la cause, n’en est pas directement l’instigateur. Ce sont quelques particuliers, menés par un pionnier de l’internet qui ont pris l’affaire en main. Ils ont réussi à convaincre la plupart des habitants du lieu et leur ont expliqué les avantages incomparables de la fibre optique. Nous ne citerons que quelques-uns de ces arguments puissants bien que généralement encore mal compris des décideurs politiques : économie de carburant (avec une jounée de télétravail par semaine), dispositifs de télésanté, maintien d’une vie sociale pour les personnes handicapées, formation à distance, création d’entreprises, accès familial aux contenus de divertissements etc..
Comment ces habitants comptent-ils s’y prendre pour se substituer aux opérateurs traditionnels qui n’ont jamais été intéressés (et ne le seront jamais) à investir dans les zones rurales ? Tout simplement en enfilant un bleu de travail et en prenant leur courage à deux mains. Cette détermination s’est construite peu à peu, grâce à une pédagogie bien adaptée, appuyée sur des démonstrations efficaces des usages avancés de l’internet. C’est ainsi que se sont agrégées diverses offres de collaboration bénévoles, parmi lesquelles celle de l’entreprise Marais, qui a mis au point une microtrancheuse qui pourra creuser 400 mètres de tranchée par heure dans les chemins vicinaux et départementaux, voire (et ce serait encore mieux) dans les terrains privés. Ce travail sera pris en charge par cet entrepreneur qui teste un nouveau modèle économique. Le procédé technique a été éprouvé dans plusieurs pays d’Europe. On creuse à quelques centimètres de la surface, on passe la fibre (fournie par Acome), on recouvre avec un béton spécial et c’est joué. Il reste ensuite à réaliser l’interconnexion au réseau public, ce qui coûte aux alentours de 100 000 euros. Pour assumer cette dépense, plusieurs solutions sont actuellement à l’étude.
L’idée devrait faire son chemin. Aux Etats-Unis, il existe déjà des centaines de coopératives de télécommunications, indispensables pour équiper les régions isolées où la demande est très forte. L’expérience acquise par les américains dans le domaine de la conduite de projets d’équipement en zone rurale, notamment par le biais de coopératives de télécommunications est tout à fait reconnue. C’est pourquoi plusieurs de nos voisins européens ont déjà eu recours à leurs services au travers de la NTCA (National telecommunications cooperative association), pour lancer des projets de ce type. Ils regardent peut-être vers la France… Un énorme chantier leur tend les bras.

Claude Sadaj