Aux Etats-Unis, le désormais fameux mouvement politique Tea Party a pris son envol au début de l’année 2009, dans le contexte de la crise financière et de l’élection de Barack Obama. Ses fidèles sont des opposants farouches au plan de relance économique et à la réforme du système de santé portés par le Président. Pour la plupart des observateurs, ce mouvement est hétéroclite et sans structure clairement définie. Le Tea Party ne se réclame d’aucune affiliation politique même si ses fondements et ses thèmes de revendication sont clairement situés à droite. On peut dire que cette mouvance n’est pas nouvelle, mais le Tea Party, dans sa forme actuelle, est le fruit d’un usage des médias particulièrement efficace. Si le mouvement a été déclenché par les interventions fracassantes du journaliste Rick Santelli sur la chaîne CNBC, c’est internet et les réseaux sociaux qui ont pris le relais et sont devenus les instruments communs des Tea Partiers. En effet, il y a une similitude structurelle entre le réseau et le fonctionnement de ce mouvement : pas de chef, pas de centre, une diffusion très large et très rapide des messages, permettant que soit entendue la voix des gens du peuple, qui d’ailleurs se plaisent à affirmer qu’ils se défient de leurs représentants politiques et des élites en général. Ce sont quelques-unes des caractéristiques de l’organisation Tea Party qui se donne pour un mouvement citoyen dans lequel des individus, bien qu’ayant des divergences de pensée, peuvent se rassembler pour discuter des enjeux de société et pour agir.

Outre l’organisation du « rally » sur terrain physique, l’action comporte des formes spécifiques qui rappellent les méthodes d’un activisme de gauche : investir des conférences, prononcer, en marge de l’orateur officiel, un discours en vue d’infléchir l’opinion de la salle, s’approprier l’auditoire et de plus, ce qui est moins classique, tout déverser sur YouTube.

Une figure a émergé dans l’actualité du Tea Party, celle de Keli Carender, jeune institutrice exerçant en milieu associatif et par ailleurs fervente blogueuse. Pour elle, comme pour beaucoup d’autres, tout a commencé par une grande frustration. A la veille du vote en faveur du plan de relance de 787 milliards de dollars décidé par Obama, Keli Carender raconte qu’elle a voulu interpeller ses sénateurs. Mais ses mails ne parvenaient pas aux destinataires, et la boîte vocale de leur téléphone lui conseillait de rappeler ultérieurement. Keli s’est alors demandé ce qu’elle devait faire. Laisser tomber, de guerre lasse, ou bien agir quand même, par ses propres moyens. C’est cette dernière option qui l’a amenée dans un premier temps à lancer un appel public par la radio, qui fut un succès quasi immédiat. En un mois et demi, ce sont près de 1200 personnes qui se sont mobilisées autour d’elle. Il y a eu des rassemblements, des échanges d’idées, et les messages ont fusé sur le web. Maniant avec aisance les outils de communication en ligne, ses vidéos l’ont fait connaître, ont accru son audience et son influence. D’une certaine manière, Keli s’est émancipée du cadre historique du mouvement représenté par le Tea Party Patriots qui voit sans doute avec un certain agacement la montée en puissance de la jeune femme, laquelle tient d’ailleurs à marquer sa différence et se défend de porter l’étiquette qu’on veut lui coller parfois de leader du mouvement.

Mais avec internet, les différences s’acceptent et les liaisons s’opèrent. Keli ne manque pas de renvoyer de potentiels nouveaux militants vers les sites amis. C’est ainsi que son blog invite les internautes à s’inscrire sur le site freedomworks.org, une structure de formation née dans les années 80, dont le président est un ancien leader du parti républicain. Le Freedomworks instruit les citoyens non politisés, qui n’ont jamais voté, et les aide à entrer dans l’action en leur transmettant une culture politique et des méthodes pour interagir avec d’autres citoyens.

Finalement, voici un univers plus structuré qu’il n’y paraît et une communauté qui montre la voie à un nouveau modèle d’engagement politique appelé à éclore dans d’autres pays.

Claude sadaj