Pour conduire réellement une politique en mode gouvernement 2.0, il est essentiel de placer le citoyen au centre des réflexions et des décisions prises par les gouvernants. Cela requiert de la part de ces derniers une disposition volontariste pour engager le public à tous les niveaux de la chaîne de création des services. De grands pas ont été réalisés dans les collectivités en matière de participation publique. Dans ce domaine, entre autres villes, Bordeaux donne des exemples significatifs.En février 2009, le maire de Bordeaux a installé officiellement le Conseil du développement économique et social (Codes). Cette instance municipale, consultative et participative, composée de 120 membres (monde de l’économie et de l’entreprise, de la formation et de l’éducation, de la culture mais aussi de la solidarité), se réunit régulièrement, afin d’aborder tous les sujets qui lui paraissent importants et donne son avis sur les grands enjeux du développement. Le Codes contribue notamment à l’évaluation des politiques municipales. Ce qui rend surtout ce conseil innovant, c’est son ouverture sur le monde extérieur. En effet, les travaux et les réflexions s’appuient sur des consultations publiques (conseils et réunions de quartier, forums, ateliers…), par lesquelles tout citoyen est invité à émettre son avis sur les projets importants de la ville. L’instance a décidé récemment de se doter d’un outil d’échanges, une plateforme libre ELGG, pour ses besoins propres, qui puisse faciliter l’émergence d’idées et l’usage de la syndication RSS ou des réseaux sociaux.
Du côté des citoyens, pour favoriser leur engagement, la ville de Bordeaux met en place, depuis un an, différents dispositifs numériques et donne l’exemple de ce qu’internet permet dans le domaine du gouvernement 2.0 à l’échelle d’une collectivité. Là encore, une plateforme publique, jeparticipe.bordeaux.fr, a été créée pour réfléchir sur des questions d’intérêt commun. Grâce à des questionnaires, des forums ou des appels à propositions, les Bordelais inscrits sur jeparticipe.fr sont régulièrement sollicités, selon leurs centres d’intérêt, pour donner leur avis. Chaque consultation se présente sous la forme soit d’un questionnaire, soit d’un forum ou d’un appel à propositions. De même, chaque consultation donne lieu à un suivi depuis sa programmation, son déroulement, son achèvement, jusqu’aux résultats qui sont envoyés aux participants par e-mail. Ensuite sont présentées les actions envisagées en vue de leur réalisation concrète.
L’un des exemples les plus récents de participation a été la campagne « Fais ta Ville« , qui s’est déroulée entre le 3 avril et le 15 mai dernier. L’événement a débuté par un « flashvote », temps de rassemblement en plein cœur de la ville, très court, d’une dizaine de minutes, pendant lesquelles les jeunes passants ont été invités à voter avec leur téléphone portable. Le but était aussi de donner à ce moment une dimension festive. Ce qui peut apparaître comme un gadget est aussi bien un outil favorisant la participation des citoyens les plus jeunes. C’est ainsi que 200 personnes ont pu voter simultanément par SMS sur 17 propositions d’actions concrètes. Ces 17 propositions portant notamment sur l’emploi, le développement durable, le logement, la fête, la santé, la solidarité…ont été élaborées par le Conseil des jeunes de Bordeaux. Ce vote a été complété par une consultation plus classique au travers d’un site et d’une application Facebook, qui ont permis la participation de 1 854 personnes au questionnaire. C’est ainsi qu’ont été identifiées puis présentées par le maire les projets considérés comme prioritaires par les citoyens de la ville.
Enfin la Ville de Bordeaux a fait du déploiement des services mobiles l’un des axes stratégiques de son projet de « Cité Digitale« . C’est ainsi que sont dupliqués, sur des téléphones mobiles une partie des services municipaux accessibles actuellement à partir d’un ordinateur fixe : un agenda des événements, une découverte des œuvres et des monuments sur l’application Culture Clic, des images QRCode apposées un peu partout dans la ville, avec des informations originales, une carte « Bordeaux ma ville », carte unique pour tous les services (cantine, horodateurs, transports, piscine, patinoire, bibliothèque, stationnement, accès résidant….).
A quand une plateforme de partage de données d’informations publiques pour donner libre cours à la créativité du citoyen et laisser fleurir bien d’autres services ?

Claude Sadaj