En mai dernier, les départements informatiques des administrations publiques brésiliennes ont organisé à Brasilia, en partenariat avec Consegi, constructeur de logiciels open source, une conférence sur le thème de l’ « e-government » et de l’ « open data ». Un événement inédit dans le pays, d’un intérêt majeur aux yeux d’un grand nombre d’activistes de l’internet et du logiciel libre, venus sur place pour l’occasion, parmi lesquels Rufus Pollock (Open Knowledge Foundation), Nigel Shadbolt, (data.gov.uk), and David Eaves, (Vancouver’s Open Government Motion). Ils ont témoigné de leur expérience de l’open government (OGD) et communiqué leur vision de la culture de l’ouverture. Outre ces personnalités connues, la conférence a accueilli un groupe de « hackers », identifiés sous l’étiquette « hackers de la transparence », composé de développeurs, de journalistes, d’étudiants, de militants du logiciel libre, de professeurs, de chercheurs, d’officiels du gouvernement, et aussi d’excellents évangélistes

Leur organisation a vu le jour à la suite de la première édition, en 2009, du Transparency Hackday où il y avait eu des débats sur les usages des données d’information publique, jugées trop rares au Brésil, et les moyens innovants de les rendre accessibles à tous.

Cette année, ils arrivent très déterminés. Ils veulent faire valoir leurs idées et surtout leur conception des services publics. Il s’agit donc, pour ces activistes, de sensibiliser le plus grand nombre de citoyens à la nécessité d’imposer au pays une nouvelle méthode de gouvernement, plus ouverte, plus transparente.

Les moyens de persuasion dont ces hackers usent sont multiples. Ils ont décidé de recourir, si le besoin s’en faisait sentir, au piratage des sites gouvernementaux, voire à leur destruction et leur remplacement par des sites clonés. Des actions prévues pour prouver le caractère impérieux de la demande de transparence, notamment pour suivre la gestion des dépenses publiques et favoriser la diffusion et l’accès de tous aux données locales dans des formats ouverts ainsi qu’à toute information concernant la préparation des lois au Brésil. Ils comptent bien faire comprendre au gouvernement qu’il ne s’agit pas d’une demande ponctuelle mais bien d’une demande d’intérêt général à prendre en considération dans la durée, ce qui selon eux, favorisera l’ouverture et la participation de tous, conditions fondamentales de la démocratie moderne.

C’est ainsi qu’en marge de cette conférence de mai, le groupe des hackers a pu organiser un atelier « Transparency Hackday » regroupant non seulement les membres de leur organisation mais aussi tout citoyen intéressé, pour réfléchir et passer de la théorie à la pratique.

Plusieurs idées ont donc été collectivement produites, ayant toutes pour objectif de rendre la politique plus transparente. On peut noter, par exemple, que l’un des projets porte sur l’identification des entreprises (la base de données actuelle des hackers en compte 700) qui soutiennent financièrement les candidats aux élections. Le but est de repérer les effets de collusion entre argent et pouvoir. Un autre projet est la construction d’une plateforme collaborative, publique, destinée à recueillir des rapports d’abus de pouvoir ou de témoignages de corruption. Il y a aussi, parmi toutes ces idées, celle qui vise l’information publique sur la vie du parlement, sur les dispositifs législatifs, projets de loi en cours, étapes du vote, et tous les détails des procédures que seuls les politiques connaissent et que le public ne saurait encore ignorer longtemps…

Claude Sadaj