Dans un contexte de conjoncture économique européenne à la baisse, l’Italie n’affiche pas de bons résultats, maintient une économie atone et augmente sa dette publique. L’un des fléaux nationaux, assez bien connu, est cette économie parallèle dans laquelle un grand nombre de contribuables sous statut d’entreprise personnelle ne paient pas d’impôts, ou tout du moins, ne déclarent pas l’intégralité de leurs revenus. Un phénomène similaire a été identifié en Grèce comme l’une des causes de la crise financière que traverse le pays en ce moment.

La fraude fiscale est un délit. C’est aussi une forme grave d’incivilité qui engendre de fortes inégalités. Pour y remédier, la solution envisageable serait d’accroître les contrôles. Ce serait très coûteux et quasiment impossible. Seuls un sursaut de conscience citoyenne et un changement radical de comportement civique pourraient améliorer la situation.

Depuis peu, une fraction de la population, celle qui se sent lésée dans le système actuel, lassée de voir que rien n’a vraiment été entrepris par le gouvernement pour régler ce problème d’iniquité fiscale, s’est mobilisée pour dénoncer les fraudes. Dans l’esprit des « wistleblowers de wikileaks », les citoyens italiens peuvent désormais renseigner une base de données intégrée sur un site web, Evasori, où s’affichent sur une carte géographique, quasiment en temps réel, des signalements de fraude que quiconque peut effectuer assez facilement. La vision est impressionnante. Les sommes en question vont de quelques euros à plusieurs milliers d’euros. Le site est couplé à un compte Twitter et à une page Facebook.

Le site Evasori annonce clairement son objectif :

« Nous, Italiens, nous voulons nous plaindre de l’évasion fiscale, mais souvent nous fermons les yeux. Nous devons tenter de signaler l’évasion fiscale ou la fraude, par exemple, lorsqu’un marchand ne fournit pas de reçu de facture, ou encore ou lorsqu’un vendeur gonfle un prix pour se mettre de l’argent directement dans la poche. Dénoncer est facile, même à partir d’un iPhone / Android! Et le fraudeur n’aura pas connaissance du nom du dénonciateur. Nous voulons mettre toute la lumière sur ce fléau social! »

Les données compilées permettent également de présenter les résultats en tableaux. C’est une première approche. Avec le succès, s’il se confirme, l’interface web devrait sans doute évoluer. On peut déjà noter que les secteurs de la construction, de l’immobilier et de la restauration viennent en tête des classements de la fraude fiscale.

Claude Sadaj