Dès le feu vert donné par le bourgmestre de la ville de Bruxelles, les messages ont fusé sur internet, ce dimanche 23 janvier à Bruxelles pour lancer la marche « Shame » qui a rassemblé près de 35 000 personnes et s’est terminée sur l’esplanade du Cinquantenaire. On se rappelle que la foule, essentiellement des jeunes, répondant à l’appel diffusé sur Facebook et soutenu par Twitter, était venue exprimer sa colère sur la place publique pour sensibiliser les politiques et leur demander de rétablir en Belgique un gouvernement capable d’assurer le bien-être de la population et surtout l’avenir économique des générations futures.


Et pour cause, la Belgique est plongée dans une crise politique depuis que le parti libéral flamand (Open VLD) s’est retiré de la coalition, ne laissant plus que 76 sièges sur 150 à la Chambre basse du Parlement. Avec un gouvernement mis ainsi en difficulté, la démission du Premier Ministre Yves Leterme se comprend. Toutefois, c’est non sans une certaine inquiétude que l’Europe regarde aujourd’hui la Belgique au moment où celle-ci s’apprête à assurer la présidence tournante de l’Union européenne.



Thomas Royberghs - Organisateur de la manifestation



Dans la population belge, ce sont les jeunes qui s’indignent. Leur culture est celle d’un monde globalisé. Ils ne comprennent ni la cause générale de ce conflit inextricable entre francophones et néerlandophones, ni la cause particulière, qui touche notamment aux droits des résidents de l’arrondissement BHV (Bruxelles-Hal-Vilvorde). Le sujet est en effet complexe : il y a trois régions, trois langues, et des droits attachés à l’usage de ces langues. Et dans certains cas, la répartition linguistique ne correspond pas aux limites des territoires. Plus embarrassants, les phénomènes de mobilité des populations font bouger les frontières linguistiques. Sur la zone de Bruxelles, la francophonie progresse alentour, en région flamande. On redoute cette « tache d’huile » qui risque d’aggraver encore ce que les observateurs appellent un imbroglio communautaire.

Des solutions doivent être recherchées rapidement et les partis de la coalition gouvernementale s’y attèlent en ce moment. Les meneurs de la marche, armés de leur discours soigneusement préparé, et largement relayé sur Youtube ont exprimé leur position avec ce message explicite qui doit servir aussi de leçon pour les politiques : « se rassembler sans tenir compte des barrières culturelles, politiques ou sociales qui sont censées nous différencier, se rassembler dans la solidarité et la confiance, se rassembler dans la politique où tout ce qui nous ressemble est plus fort que ce qui nous sépare… ».

Au terme du discours, on aura entendu cette annonce appuyée, qu’il faut peut-être interprêter de toutes les manières possibles : « ceci n’est qu’un nouveau départ… ». En tout cas, le mouvement est enclenché. A suivre sur Facebook où plus de 5300 fans sont déjà inscrits…

Claude Sadaj

*lllustration de la colonne de gauche : Evrard de Caqueray : http://artofedc.blogspot.com/