Entre peur de la mondialisation, refus de l’immigration, montée de l’islamisme et des populismes, dans un contexte de bouleversements de l’ordre mondial, les relations entre l’Europe et les États-Unis subissent la crise la plus importante de leur histoire.

L’affaiblissement de la relation transatlantique, du multilatéralisme, de l’OTAN, joint aux divisions internes de l’Union européenne, est d’autant plus menaçant qu’il se manifeste dans un contexte de montée en puissance de modèles concurrents, aux premiers desquels la Russie et la Chine.

En 2016, dans un contexte déjà marqué par les attentats islamistes, la crise des réfugiés et la poussée populiste, AJC Europe et la Fondation pour l’innovation politique avaient organisé une journée de réflexion destinée à attirer l’attention sur l’effritement du monde démocratique. Aujourd’hui, nous réitérons l’événement, deux ans après l’élection de Donald Trump, alors que la crise des réfugiés continue de produire ses effets dans l’ensemble de l’Europe, en favorisant notamment de nouvelles percées populistes.

Pour appuyer la deuxième édition du Sursaut, nous avons demandé à l’Ifop de réaliser une enquête d’opinion afin de connaitre le jugement public porté sur les relations franco-américaines et de l’avenir des démocraties (l’enquête a été réalisée en France auprès d’un échantillon de 1007 personnes, interrogées du 10 au 11 septembre 2018).

Principaux enseignements

L’amitié franco-allemande est perçue comme plus forte que jamais, la Russie de Poutine inquiète deux fois plus les Français que l’Amérique de Trump.

Plus que jamais, l’Allemagne est au regard des Français « un allié ou un pays partenaire sûr » (89%) contre 61% pour le Royaume-Uni et 44% pour les États-Unis. Jamais depuis 1994 le jugement des Français sur l’Allemagne n’avait été aussi favorable.

On notera que malgré un niveau de confiance moins élevé, l’image du Royaume-Uni, plus d’un an après le Brexit, s’améliore nettement (61%) par rapport à 2017 (46%).

Le jugement positif à l’égard des États-Unis a malgré tout progressé de six points par rapport à mars 2017 (38%).

Enfin, s’agissant des puissances non-européennes, c’est l’Inde (41%) qui suscite le plus la confiance, devant la Chine (32%) et enfin la Russie (22%), qui arrive en dernière position.

Les Français ne confondent pas Trump et les Américains.

Si une proportion significative de Français continue de considérer les États-Unis comme un partenaire sûr (44%), les jugements menés sur la politique du Président américain suscitent une large désapprobation (80%). De même, notre enquête révèle que 83% des Français ont une mauvaise opinion de Donald Trump comme président, mais qui est cependant en progression de huit points par rapport au lendemain de son élection (75%).

Les États-Unis sont considérés comme un pays ami en premier lieu pour combattre le terrorisme islamiste (74%). Pour faire face à la Russie, à peine plus d’un Français sur deux (51%) qualifient les États-Unis de pays ami, et 49% « d’adversaire » ! D’une manière générale, pour assurer la sécurité des pays membres de l’OTAN, 50% des Français regardent les États-Unis comme un pays ami, 50% comme un adversaire.

Sur le plan de la croissance économique, les Français regardent massivement (78%) les États-Unis comme un « adversaire », tant en ce qui concerne la France (78%) que l’Union européenne dans son ensemble (81%).

C’est à propos du combat contre le réchauffement climatique que les Français sont les plus nombreux à considérer les États-Unis comme un adversaire.

Si les Français jugent sévèrement le président des États-Unis, ils ne le confondent pas avec le peuple américain. En effet, 75% des personnes interrogées considèrent que Donald Trump est un président qui n’est pas à l’image des Américains. Ce qui confirme l’amitié qu’une très large majorité des Français interrogés (79%) déclarent éprouver pour les Américains. De même, les Français restent avant tout convaincus de la nécessité de préserver la relation entre l’Europe et les États-Unis : ils sont 82% à juger important la préservation de cette relation dans les années à venir.

La démocratie fragilisée : crise migratoire et poussée populiste

Selon l’opinion, en comparant la situation actuelle rapport à celle d’il y a quelques années, la démocratie apparaît plus fragile aux États-Unis (64%), dans l’ensemble de l’UE (56%), et en France (52%). Une forte minorité (38%) regarde également la démocratie allemande comme plus fragile.

Selon les personnes interrogées, la montée du populisme et des votes protestataires en Europe s’expliquent par l’immigration, citée en premier par 32% des Français, loin devant les dégradations des conditions de vie – pouvoir d’achat, logement, assurances sociales, etc. (23%), les problèmes de sécurité des personnes et des biens – incivilité, délinquance, criminalité (12%), les problèmes d’intégration des personnes d’origine étrangère (13%), le chômage (9%), le sentiment de déclassement social (7%) et la corruption (4%).

Les Français estiment que les plus responsables de la montée populiste en Europe sont d’abord les gouvernement nationaux (47%), loin devant l’Union européenne (33%). L’idée que les médias pourraient être responsables en nous informant mal n’est partagée que par 20% des personnes interrogées.