La « e-médecine » : un remède aux déserts médicaux ?
Louis Malbète | 08 août 2017
Les déserts médicaux prennent chaque jour plus d’ampleur, à mesure que les anciens praticiens des campagnes partent à la retraite et que leur départ n’est pas compensé dans son intégralité par de nouveaux arrivants. La France connaît aujourd’hui une pénurie de médecins généralistes. Ainsi, d’après l’Atlas national de la démographie médicale 2015 publié par le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM), la densité moyenne nationale de médecins généralistes est passée d’environ 100 pour 100 000 habitants en 2007 à 88.7 aujourd’hui.
Pénurie de médecins
Les statistiques montrent qu’aucune région ne serait épargnée par cette diminution. Cette même publication du CNOM indique l’existence de 192 déserts médicaux sur le territoire ; 2.5 millions de Français seraient actuellement touchés par ce problème d’accessibilité à un médecin. Beaucoup rejettent la faute sur le Numerus Clausus dans les facultés de médecine qui serait trop faible. Or celui-ci est en constante augmentation depuis 10 ans et n’a jamais été aussi haut. Le problème réside donc au-delà de la sélection à l’entrée des facultés et l’on peut supposer que la différence d’attractivité entre les territoires se reflète dans les disparités en termes de densité médicale. Quel remède donc à ces déserts médicaux ? Comment garantir à toute la population française un accès simple à un médecin ? Si les solutions miracles n’existent pas, il semblerait tout de même que le numérique et les nouvelles technologies puissent aider à contenir ce phénomène de désertification médicale.
La « e-médecine » se développe chaque jour un peu plus. Comme son nom l’indique, elle consiste en la pratique de la médecine, en utilisant des ressources numériques afin d’améliorer la prise en charge des patients et les soins qui leurs sont prodigués. Elle existe déjà sous sa forme administrative depuis un certain temps, avec les systèmes informatiques qui permettent aux hôpitaux de traiter directement les cartes vitales, ou le Dossier Médical Partagé (DMP) qui est un dossier médical hébergé sur un serveur accessible à tous les praticiens et qui permet d’avoir instantanément les informations médicales sur chaque patient. Mais rares sont encore les pratiques médicales qui tirent pleinement profit du numérique. La e-médecine dans sa forme purement médicale n’existe aujourd’hui qu’à titre expérimental.
Consultations à distance
La forme la plus connue de cette « e-médecine » ou télémédecine, consiste en la réalisation de consultations à distance. Le patient se rend ainsi dans une salle dédiée dans sa commune, équipée d’une webcam et d’un casque-micro, et réalise la consultation avec le médecin par visio-conférence. Le patient a également à sa disposition certains appareils faciles d’utilisation, tels qu’un tensiomètre, afin de contrôler certaines de ses constantes physiologiques les plus basiques. Enfin, s’ajoute à tout ceci dans certains cas un(e) infirmièr(e), qui est là afin de réaliser certains actes ou examens; cela permet par la suite de faire un compte-rendu au médecin qui opère à distance face à ses écrans. Il peut également envoyer instantanément une ordonnance, qui s’imprime directement dans la salle où est le patient.
Des robots médecins ?
Mais les consultations à distance ne sont pas les seules formes de télémédecine. Une autre possibilité offerte par le développement du numérique et des nouvelles technologies réside dans les intelligences artificielles et l’utilisation du Big data. Ainsi, des « robots » dotés d’une intelligence artificielle pourraient également réaliser un pré-diagnostic de patients, en les questionnant sur leurs symptômes, d’après un algorithme préalablement défini, avant de recouper ceci avec toutes les informations et connaissances que celui-ci possède dans sa base de données (programmes algorithmiques bien sûr, mais aussi publications scientifiques, cas similaires précédents, donnés épidémiologiques…), et d’envoyer cela à un médecin. Le robot agira donc comme une aide à la prise de décision du médecin, qui restera, bien entendu, seul décisionnaire. Et ceci, tout comme les consultations par visioconférence, présente l’avantage de se faire à distance, ce qui évite au patient de se déplacer et de faire plusieurs dizaines de kilomètres pour parfois très peu de choses. Cela fait également gagner du temps au médecin, à l’heure où les salles d’attentes sont surchargées et où les délais de prise de rendez-vous augmentent constamment. Bien sûr, les intelligences artificielles en médecine n’en sont qu’à leurs balbutiements, mais les apports potentiels pour la médecine dans le futur demeurent considérables.
Ces nouvelles technologies pourraient se révéler extrêmement utiles dans leur application au problème des déserts médicaux. En effet, tant la réalisation de consultations à distance, comme de pré-diagnostics en ligne, semblent pouvoir être des solutions plausibles en vue de la résorption de la pénurie de médecins généralistes, qui touche la France de manière assez généralisée. Bien entendu, cela ne règlera sans doute pas l’entièreté du problème d’accès à la médecine, mais pourrait au moins contribuer à endiguer son développement.
« Crédit photo Flickr: Mon Oeil»
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