La loi interdisant la vente d’alcool aux mineurs est très souvent détournée. Des médecins plaident pour une augmentation des prix.

La loi sur la vente d’alcool aux mineurs semble aussi limpide… que peu respectée. «Il est interdit de vendre de l’alcool à des mineurs de moins de 18 ans», clame le code de la Santé publique, vertueusement affiché dans les bars et commerces. «Acheter de l’alcool? Rien de plus facile !», rétorquent les jeunes, rigolards. «Au pire, on se planque sous une casquette, ou on demande à un adulte qui a l’air sympa.» Le plus souvent, il n’est même pas besoin de se cacher: «Il y a quelque temps, j’ai vu au supermarché deux jeunes filles acheter de la vodka, se souvient le Pr Mickael Naassila, chercheur Inserm/Université d’Amiens et président de la société française d’alcoologie. La caisse automatique bloquait. Un vigile est venu débloquer la machine, et les a laissées repartir avec leur bouteille sans se poser la question de leur âge!»

«Refuser une vente, c’est compliqué»

Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire publié ce mardi montre ainsi, auprès de près de 12.500 jeunes âgés de 17 ans, que ceux ayant consommé de l’alcool dans le mois précédent n’avaient eu aucune difficulté à s’en procurer: 91 % en avaient acheté en magasin et 77,5 % dans un débit de boisson ; plus de la moitié (53 %) n’avait jamais eu à présenter de carte d’identité… Dans une étude Ipsos pour la Fondation pour l’innovation politique, la Fondation Gabriel Péri et le Fonds Actions Addictions, en juin 2018, 63 % des 14-16 ans disaient qu’il était facile d’acheter de l’alcool ; et leurs parents n’étaient visiblement pas dupes, puisque 77 % avaient la même opinion…

«Refuser une vente, c’est compliqué», admet le Pr Naassila. «Il faut donc arrêter de croire que les alcooliers vont faire de l’autorégulation!» «Tout est fait pour que les jeunes consomment de l’alcool, accuse le Pr Michel Reynaud, psychiatre et addictologue. Non seulement on ne le leur interdit pas, mais on les y incite via les influenceurs, les réseaux sociaux…» Cessons aussi, fulmine Mickael Naassila, «de prétendre éduquer les jeunes au goût de l’alcool». L’éducation à une consommation responsable est en effet l’un des arguments des alcooliers. Or, de nombreuses publications montrent que goûter de l’alcool tôt est en fait un facteur prédictif de consommation problématique.

Autres leviers: le prix, et le fait de proposer des alternatives. Le Pr Naassila a ainsi piloté une étude, auprès d’étudiants français et américains, publiée début février dans Alcoholism, clinical and experimental research. «À partir de 7 euros le verre, la consommation d’alcool chute. Et les Français basculent plus facilement vers des boissons non alcoolisées, lorsqu’elles sont proposées.»