Mathieu Zagrodzki, chercheur en science politique, spécialisé dans les questions de sécurité, coauteur d’une étude pour la Fondation pour l’innovation politique : Commerce illicite de cigarettes : le cas de Barbès – La Chapelle / Aubervilliers / Quatre-Chemins, était « L’invité de l’actu » dans la matinale de Sud Radio du 29 novembre 2018 animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

Le commerce illicite de cigarettes échappe à la police

Mathieu Zagrodzki tente d’expliquer pourquoi le commerce illicite de cigarettes échappe encore à la police française. « C’est un phénomène massif : nous sommes en présence de plusieurs dizaines de vendeurs illicites avec des moyens juridiques relativement limités. Aujourd’hui, les forces de l’ordre disposent du PV simplifié : on remet sur place au revendeur un simple rappel à la loi. »

Dans la majorité des cas, les vendeurs n’ont pas leurs papiers ou donnent une fausse identité. Pourquoi alors ne pas les interpeller ? « On peut ! On interpelle un revendeur, on prend du temps avec lui, on le place en garde à vue et, à la fin, le résultat pénal est très faible. » La police n’a pas l’impression d’être efficace.

Qui sont ces revendeurs en question ?

L’enquête ne s’attarde pas sur l’identité de ces revendeurs, mais peut s’appuyer sur le témoignage de riverains, d’informations de la police, de la municipalité. « Le site de La Chapelle, en particulier, est marqué par une paupérisation : depuis trois ans, l’afflux de migrants a permis une augmentation du marché de la misère. Barbès, site historique de revente depuis plusieurs décennies, s’est étendu à La Chapelle, une station de métro située un peu plus à l’est. » On retrouve ce phénomène également dans plusieurs grandes villes de France comme Saint-Étienne, Marseille ou Montpellier et, partout, les riverains n’en peuvent plus.

Certains accusent les municipalités de ne rien faire pour ne pas avoir l’air raciste. « Les propos des riverains sont des propos d’égalité : on ne tolérerait pas cela dans le 16e arrondissement ou les beaux quartiers. Ils revendiquent le droit de se promener librement dans la rue sans se faire alpaguer. » Car la revente de cigarettes entraîne un encombrement massif de la voie publique, des agressions ou des rixes entre vendeurs. La police a l’impression, de son côté, de « vider l’océan avec une cuillère. Elle a beau distribuer des PV simplifiés ou confisquer quelques paquets de cigarettes, elle retrouve le vendeur un peu plus tard au même endroit », termine Mathieu Zagrodzki.