Coronavirus : et après ? franceinfo ouvre le débat. Un échange à grande échelle pour stimuler et partager des questions, des idées, des témoignages et ouvrir le débat le plus largement possible sur les solutions de demain : #EtAprès, qu’est-ce qui doit changer ? Cette contribution est signée par Erwan Le Noan, partner Altermind, membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique

#EtAprès. Le monde traverse une crise grave qui a la particularité d’avoir été choisie : c’est en effet afin de préserver des vies humaines que les gouvernements ont décidé de mettre en place un confinement sanitaire et salutaire, dont les effets économiques seront durables. Cette situation exceptionnelle suscite des inquiétudes légitimes et des controverses naturelles. En dépit des difficultés et des épreuves, des maladresses et des erreurs, cela doit nous rappeler que nous avons la chance de vivre dans des démocraties ; dans d’autres régimes, les vies humaines comptent peu, le débat est interdit et la transparence, qui permet ce débat, inexistante.

Cette crise est également un révélateur. Contrairement à ce qu’on entend parfois, elle ne dit pas grand-chose des prétendues fragilités de notre système économique : la mondialisation n’a rien à voir avec nos difficultés – au contraire, c’est grâce à la collaboration entre scientifiques et aux échanges de matériel qu’elle permet que nous nous en sortirons mieux et plus rapidement (et c’est notre rupture soudaine avec le monde qui suscite notre cataclysme économique). Les entreprises, elles aussi, ont fait preuve d’une grande disponibilité et d’une mobilisation pour le bien de tous.

Ce que la crise révèle en premier lieu, à ceux qui l’auraient ignoré, c’est l’exceptionnel engagement dont sont capables tous les citoyens entre eux par des gestes de solidarité quotidiens, notamment parmi les fonctionnaires, et en particulier les personnels soignants.

Ce qu’elle révèle ensuite, ce sont les insuffisances de la puissance publique : certaines fragilités ou défaillances ne sont pas dignes du pays, la France, qui, dans le monde, consacre la plus grande part de sa richesse à la dépense sociale. Cela nous montre que l’argent public est certainement mal dépensé ; il se perd dans les structures et les lourdeurs, et ne parvient pas suffisamment jusqu’aux terrains qui en ont besoin. C’est d’ailleurs probablement ce qui suscite une si forte défiance des Français envers leurs dirigeants politiques (64%) (1). Il faudra revoir cela car nous aurons besoin d’un État efficient pour protéger les plus fragiles afin d’affronter les mois difficiles qui arrivent.

Ce qu’elle révèle enfin, c’est que notre liberté est un bien précieux en constante évolution, en permanente fragilité. Les appels aux contrôles généralisés ou à la surveillance continue doivent être regardés avec la plus grande vigilance.

Il n’y aura pas un « monde d’après » radicalement différent de celui d’hier. Ceux qui le prétendent sont généralement ceux qui souhaitent profiter d’un moment douloureux pour imposer des fantasmes qu’ils n’ont jamais réussi à faire adopter par les urnes. Cependant, cette crise doit nous inciter à réviser certaines habitudes, en identifiant notamment les faiblesses qu’elle a révélées. Celles-ci se trouvent du côté de notre puissance publique. À nous de relever collectivement le défi.

(1) Voir enquête « Citizens’ attitudes under Covid-19 Pandemic », Fondation pour l’innovation politique, 25 mars 2020 (www.fondapol.org).