ANALYSE – Du Brexit à Bolsonaro, en passant par les succès de Donald Trump, Viktor Orban ou Matteo Salvini, un même mouvement de libération vitale s’amplifie. Et la France n’échappera pas à cette tempête.

Rien n’attise davantage la révolte des peuples que le mépris qu’ils reçoivent des «élites» contestées. Plutôt que de tenter de comprendre les raisons de leurs disgrâces, les représentants des démocraties malades s’entêtent à ne rien entendre des critiques. Ils accusent les contestataires de tenir des «discours de haine». Cette rengaine est reprise cette semaine pour stigmatiser les électeurs brésiliens de Jair Bolsonaro: l’ancien militaire a récolté 55,2 % des suffrages, face à une gauche en déroute morale. Le refrain s’entend aussi chez les européistes quand ils parlent des nouveaux élus qui, de l’Italie à la Pologne en passant par la Hongrie, défendent les intérêts de leurs concitoyens. En France, Emmanuel Macron n’est pas le dernier à caricaturer ces dirigeants «populistes», qu’il assimile aux années trente. Il les voit comme «des esprits fous qui mentent à leur peuple». Évoquant l’autre jour les «nationalistes» français, il a appelé à «les combattre sur le terrain». Ainsi parle le président de tous les Français, aveuglé par ses détestations partisanes. Oui, les discours de haine sont chez ceux qui les dénoncent.

Parce que Bolsonaro n’a pas brillé par la subtilité de ses répliques passées, le voilà avec la presse à ses basques:
un bon signe pour lui. Ses détracteurs s’attardent sur les plus vulgaires de ses déclarations. Mais ils évitent de s’interroger sur la responsabilité des ex-présidents Lula da Silva et Dilma Rousseff: deux figures de la gauche radicale brésilienne qui avaient reçu l’onction du clergé médiatique international. Depuis, Dilma a été destituée en avril 2016 pour maquillage de comptes publics. En avril 2018, Lula a été mis en prison pour
douze ans, pour corruption. Ils laissent une économie en déficit et une insécurité invraisemblable: le Brésil compte sept meurtres par heure! L’élection de Bolsonaro est le rejet du «progressisme» et de ses utopies foireuses. Ceux qui crient à la dictature refusent le verdict des urnes. L’histoire qui s’écrit privilégie les discours «antisystème» et les affranchis du politiquement correct. Bolsonaro s’inscrit dans cette vague, dévastatrice pour les faussaires.

«Le rejet des idéologies et de leurs délires fédère les insurrections démocratiques»

Les peuples en colère n’ont pas fini de faire blêmir, y compris en France, ceux qui ont abusé de leur confiance ou qui s’autopromeuvent en guide inspiré. La concomitance entre l’entrée en scène du «Trump tropical» (Bolsonaro) et la sortie d’Angela Merkel résume le choc de deux mondes. Ils sont aussi peu conciliables que la réalité et le rêve. La chancelière allemande renoncera à briguer une nouvelle présidence de la CDU en décembre et un nouveau mandat de chancelière en 2021. Sa décision prend acte de l’échec de sa politique de 2015: sous les hourras des moralistes, elle avait fait venir plus d’un million de réfugiés du Moyen-Orient. Cette ode à l’Autre a enchanté la gauche universaliste. Mais elle a été une trahison pour beaucoup d’Allemands. Pour se repentir de l’antisémitisme nazi, Merkel a introduit la judéophobie islamique. Cette irresponsabilité fait comprendre l’urgence d’en finir avec ces «élites» suicidaires.

Le rejet des idéologies et de leurs délires fédère les insurrections démocratiques. Elles n’effraient que ceux qui y laisseront des plumes. Du Brexit à Bolsonaro, en passant par les succès de Donald Trump, Viktor Orban ou Matteo Salvini, un même mouvement de libération vitale s’amplifie. La France n’échappera pas à cette tempête dont Macron se veut le rempart. Ce n’est pas en désignant comme ennemis les Français qui récusent sa politique que le chef de l’État éteindra les braises. La morgue macronienne est telle que Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a qualifié Laurent Wauquiez (LR), de «candidat des gars qui fument des clopes et roulent en diesel», selon le JDD. Après l’attentat antisémite commis samedi aux États-Unis par
un extrémiste de droite contre une synagogue de Pittsburgh (11 morts), Christophe Castaner a ordonné le renforcement des vigilances autour des synagogues. Mais ce soupçon d’antisémitisme que le ministre de l’Intérieur suggère contre la droite radicale feint d’ignorer ceux qui, en France, menacent et tuent les Juifs…

Insupportables dénis

Le déni des réalités reste la commodité de ce monde politique qui perd pied. Sa mauvaise foi est insupportable à ceux qui sont en premières lignes. L’obligation de réalisme est l’autre dénominateur commun aux indignations des peuples qui ne veulent pas mourir. Ils réclament des bilans plutôt que des prêches, des actes plutôt que des discours. Quand le patron du PS, Olivier Faure, reconnaît une «crise identitaire» et parle d’une «colonisation à l’envers» observable «dans certains quartiers», il assume une rupture avec le dogmatisme
de la gauche. Sa conversion au réalisme est une entrée dans le nouveau monde. Il suffit de se rendre dans les cités «sensibles» pour constater cette situation conflictuelle, terreau d’une possible guerre civile. Ces jours-ci, des messages diffusés sur les réseaux sociaux ont appelé à «la purge»des forces de l’ordre, lors d’attaques armées programmées dans la nuit du 31 octobre. L’initiateur de ce djihad urbain a expliqué par la suite que sa mobilisation était une plaisanterie. Elle donne néanmoins une idée de cette délinquance prête à se mettre au service d’une déstabilisation.

Il est temps également de regarder de plus près les problèmes posés par l’immigration. Si ce thème fut accessoire dans la campagne brésilienne, il est omniprésent aux États-Unis et en Europe. En France, Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), confirme «l’arrivée massive de migrants» (1). Ce sont les protections généreuses offertes par la France qui expliquent les fortes augmentations des demandes d’asile. Un exemple, donné par Leschi: «Les Afghans déboutés d’Allemagne et qui se replient en France se voient verser l’allocation de demandeur d’asile, gérée par l’OFII, lequel est aussi tenu de les héberger en fonction des disponibilités.» La générosité française est un appel d’air. L’auteur écrit: «Il est clair qu’aujourd’hui la législation et les conditions juridiques d’accueil en France demeurent plus avantageuses que la moyenne européenne.» Mais cet humanisme a-t-il un sens quand il donne la priorité aux étrangers, tandis que les autochtones s’appauvrissent?

Fossoyeurs de la démocratie

Ceux qui désespèrent de l’avenir de la civilisation occidentale négligent la force politique que constituent les peuples en révolte. Ce sont eux qui réclament le retour aux frontières et aux nations ; eux qui défendent la démocratie contre ses fossoyeurs. Ceux-là ont fait leur temps.

(1) Migrations: la France singulière, Fondapol (octobre 2018).

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 02/11/2018.