La vision trop simpliste de l’électorat urbain, les petits cailloux de l’ancien ministre… Petites phrases et coulisses de la semaine politique, par Carl Meeus.

«La droite redevient audible auprès de l’électorat métropolitain», Nelly Garnier

Le raz-de-marée annoncé de La République en marche aux élections municipales est-il inéluctable? À entendre certains commentateurs, il semblerait que les électeurs qui ont voté LREM aux européennes feront le même choix au scrutin de mars 2020. Rien n’est moins sûr, comme le montre la note sur l’électorat urbain, rédigée par Nelly Garnier pour la Fondapol *. Pour la chercheuse, ancienne directrice des études des Républicains, il n’y a pas «d’un côté une France des ronds-points et des voitures Diesel et de l’autre une France des Vélib’ et des trottinettes». Cette présentation trop simpliste imagine les métropolitains totalement intégrés dans l’économie globalisée. Ce qui semble loin d’être le cas, à lire sa passionnante étude: «La ville ne fait plus rêver. Les métropolitains sont de plus en plus nombreux à se résigner aux métropoles pour des raisons professionnelles.» Et rêvent pour une grande partie d’entre eux de partir vivre à la campagne. Pollution, insécurité, conflictualisation des relations, mixité sociale subie, nombreux sont les signes de malaise décelés chez les habitants des centres-villes. «Depuis 2001, la population métropolitaine a considérablement évolué. Son sentiment d’insécurité et son sentiment de déclassement sont allés croissants. A force de ne voir dans les métropoles que des territoires gagnants de la mondialisation, on a trop vite considéré qu’elles ne méritaient pas d’action politique.» En parallèle, la droite, sentant cet électorat lui échapper, au profit du PS d’abord puis de LREM, a réorienté son discours en direction des populations rurales et périurbaines. «Au cours de la campagne présidentielle de 2012, les travaux de Christophe Guilluy sont devenus déterminants dans la réorientation idéologique de l’UMP. Ils ont contribué à imposer l’idée d’une fracture irrémédiable entre les villes et les territoires ruraux et périphériques et achevé de convaincre la droite qu’il fallait choisir: être forte dans les métropoles ou dans la France périphérique.»

La thèse de Nelly Garnier prend le contre-pied total du géographe. Pour elle, «la droite a créé elle-même les conditions de son effacement» en adhérant, paradoxalement, à une logique marxiste dominants-dominés. Or, face au sentiment d’insécurité et de déclassement des métropolitains, «la droite redevient audible auprès de cet électorat». À condition de changer de stratégie et, notamment à Paris, de se «déboboïser» et de se redroitiser en évoquant des thèmes classiques que sont la sécurité ou la famille. D’autant qu’en face, les marcheurs, «au-delà de leur proximité avec l’électorat métropolitain, ne sont pas encore identifiés sur des axes programmatiques».

*Allô maman bobo. L’électorat urbain, de la gentrification au désenchantement, Fondation pour l’innovation politique. Fondapol.org