Alors que les territoires du monde occidental ont longtemps été porteurs d’identités variées, une nouvelle géographie s’est dessinée pour aboutir à une opposition entre des métropoles, concentrant l’essentiel des emplois et des richesses, et des territoires, ruraux ou périphériques, en voie de décrochage. La crise des Gilets jaunes a constitué un moment de cristallisation de cette fracture entre, d’un côté, une France des ronds-points et des voitures diesel, et, de l’autre côté, une France des Vélib’ et des trottinettes. L’analyse de cette fracture géographique s’est doublée d’un discours sociologique et politique opposant une élite urbaine libérale-libertaire et un peuple périurbain en quête de repères et de protections, alimentant le vote populiste.

Les métropolitains présentent les signes d’une meilleure intégration dans l’économie globalisée et l’on en a conclu que tout allait bien pour ces urbains, ignorant par là même tous les signaux qui nous renvoyaient à un malaise singulier. En réalité, la ville ne fait plus rêver. Les métropolitains sont de plus en plus nombreux à se résigner aux métropoles pour des raisons professionnelles. Le statut des cadres s’est dégradé. Dans les quartiers en gentrification, la mixité est de plus en plus subie entraînant, par exemple, une multiplication des pratiques d’évitement scolaire. Enfin, la conflictualisation des relations, la délinquance ou la pollution sont vécues comme autant de menaces dessinant un environnement anxiogène.