Les demandes de protection ont augmenté de 22 % en 2018, à l’inverse de la tendance observée dans la plupart des pays européens.

Dans sa lettre aux Français du dimanche 13 janvier, Emmanuel Macron a souligné son attachement au « devoir » d’offrir un « refuge » à ceux « qui ont fui les guerres, les persécutions », alors que la France connaît une hausse continue des demandes d’asile depuis 2014. D’après les chiffres du ministère de l’intérieur,cette hausse s’est poursuivie en 2018, puisque 122 743 personnes ont sollicité la protection de la France (+ 22 %). Cette demande provient principalement d’Afghanistan, d’Albanie, de Géorgie, de Guinée et de Côte d’Ivoire.

Au terme de leurs démarches, 46 700 personnes ont été placées sous la protection de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), d’après les informations du Monde, soit une augmentation de 9 % par rapport à 2017. Les Afghans, les Syriens et les Soudanais sont les premiers ressortissants à avoir obtenu le statut de réfugié ou la protection subsidiaire. Au total, le taux de protection des demandeurs d’asile s’élève à 27 %. Il monte à 36 % si l’on tient compte des décisions en appel.

Dans l’Union européenne, la tendance est à la baisse des demandes d’asile, après les pics de 2015 et 2016. Les arrivées sur le continent sont elles aussi en repli puisque, d’après l’agence européenne Frontex, 150 000 personnes sont entrées de manière clandestine en 2018 sur le territoire européen, un volume au plus bas depuis cinq ans.

Comment expliquer la dynamique française, qui semble s’inscrire à contre-courant ? Dans une note publiée sur le think tank libéral Fondapol  en octobre 2018, Didier Leschi, le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), soulignait la « position singulière » de la France, devenue à son sens un pays de rebond. Aujourd’hui, 37 % des personnes qui s’enregistrent sur le territoire pour demander l’asile sont en effet des « dublinées ». C’est-à-dire qu’avant d’arriver en France, elles sont passées par un autre Etat-membre qui, conformément au règlement européen de Dublin, aurait dû examiner leur demande de protection.

Ces mouvements secondaires, auxquels la France est confrontée, proviennent aujourd’hui majoritairement d’Italie et d’Espagne, pays par lesquels les migrants sont entrés en Europe mais où ils n’ont pas souhaité demeurer. Une part importante des mouvements secondaires provient aussi d’Europe du Nord. Lorsqu’ils arrivent en France, les Afghans, premiers demandeurs d’asile dans le pays, ont ainsi souvent déjà déposé une demande en Allemagne ou en Suède, où elle a été rejetée. Ils viennent donc retenter leur chance.

En 2017, le taux de protection des Afghans en première instance s’est établi à 83 % en France, alors qu’il était de 44 % en Allemagne. « La France est aujourd’hui le pays le plus attractif pour les Afghans », écrit M. Leschi dans sa note. En 2018, leur demande d’asile était en hausse de 55 %.

Evolution des routes migratoires

L’importance des mouvements secondaires est « la démonstration d’une forme de dumping asilaire et de la défaillance du système européen de Dublin », analyse une source au ministère de l’intérieur. Le constat n’est pas nouveau, mais il bute contre l’incapacité de l’Europe à se réformer. « L’attachement à Dublin traduit une peur des Etats que les pays d’entrée se désintéressent de la gestion de leurs frontières », poursuit cette même source. A la Direction générale des étrangers en France (DGEF), on considère en effet que seul un respect strict de la règle de Dublin permet de maîtriser les flux d’arrivées.

En attendant, le règlement européen continue de faire peser un poids disproportionné sur les pays situés aux frontières extérieures, ce qui a notamment contribué à la position de blocage italienne. Les limites du système Dublin pèsent aussi, in fine, sur les Etats de destination finale, qui subissent ces mouvements secondaires. D’après la DGEF, seuls 12 % des personnes « dublinées » ont été transférées en 2018 vers l’Etat responsable de leur situation. 88 % voient donc leur demande d’asile examinée par la France.

La hausse de la demande d’asile en France est aussi le reflet de l’évolution des routes migratoires. En 2018, l’Espagne est devenue la première porte d’entrée en Europe. Une voie majoritairement empruntée par des ressortissants francophones d’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Or, en 2018, la demande d’asile des Guinéens a augmenté de 61 % et celle des Ivoiriens de 45 %.

Enfin, s’ils bénéficient de taux de protection qui ne dépassent pas les 7 % en moyenne, les ressortissants albanais et géorgiens, pays considérés comme « sûrs », sont au second et au troisième rang des demandeurs d’asile en France. « Si on a une demande de protection qui ne relève pas de l’asile, c’est parce que les autres voies de migration sont fermées », note le cadre du ministère. Des voies que le président Macron a proposé de soumettre au grand débat national, en laissant la porte ouverte à l’instauration de quotas, demande récurrente de la droite.