Emmanuel Macron doit prononcer ce soir à 20h sa 4e allocution TV depuis le début de la crise sanitaire, tandis que la France gronde et que de multiples colères se font entendre. Et dans les USA déchirés par l’Affaire Floyd, Joe Biden a désormais une longueur d’avance sur Trump dans les sondages.

Emmanuel Macron fera une allocution télévisée ce soir (ici lors de sa dernière allocution TV du 13/04) // Discours vidéo de Joe Biden diffusé durant les obsèques de George Floyd, qui a été enterré sans un mot de Trump
Emmanuel Macron fera une allocution télévisée ce soir (ici lors de sa dernière allocution TV du 13/04) // Discours vidéo de Joe Biden diffusé durant les obsèques de George Floyd, qui a été enterré sans un mot de Trump Crédits : MARTIN BUREAU / GETTY IMAGES / Nicholas Kamm – AFP

Première partie : Fin de l’état d’urgence sanitaire : la France qui gronde

Emmanuel Macron doit prononcer, ce soir à 20 heures, sa quatrième allocution télévisée depuis le début de la crise sanitaire.

Alors qu’un nouveau conseil de défense s’est tenu vendredi, l’Elysée devrait répondre à l’impatience de ceux qui trouvent que le déconfinement doit maintenant s’accélérer comme les restaurateurs ou les professionnels du cinéma ou des salles de spectacles. Se pose aussi la question du retour massif des élèves à l’école, à quelques semaines seulement des congés d’été et celle de la possible réouverture des frontières nationales à l’intérieur de l’espace Schengen.

Une intervention pour remercier les Français d’avoir contribué à maîtriser l’épidémie et les mobiliser pour la nouvelle priorité : l’urgence économique, tandis que le pays enregistre déjà 800 000 chômeurs de plus. Une intervention présidentielle qui intervient dans un climat certes joyeux de liberté retrouvée, mais sans que la fameuse défiance française ne se soit dissipée, et comme si l’heure des comptes avait sonné, avec notamment deux commissions d’enquêtes lancées au Parlement, et une commission « indépendante » souhaitée par l’exécutif, sans oublier plusieurs dizaines de plaintes déposées devant la justice.

Une France qui gronde, et le mot « colère » dont il faudrait pouvoir compter combien de fois nous autres médias l’utilisons chaque semaine : la « colère » de ceux qui trouvaient le gouvernement trop laxiste au début de l’épidémie et la « colère » de ceux qui lui reprochent maintenant d’avoir appliqué à l’excès le principe de précaution, sans oublier d’autres colères, d’autres débats: pas assez puis trop de masques, pas assez d’argent injecté dans l’économie mais déjà trop pour des industries polluantes comme l’Automobile ou l’Aérien…

Dans ces conditions on comprend que l’exécutif cite à l’envi ces derniers jours cet article du prestigieux New York Times pour qui que je cite “La France s’en sort mieux que beaucoup face à cette pandémie, en particulier par rapport aux États-Unis, à l’Italie, à l’Espagne et plus encore à la Grande-Bretagne, Ne le dites surtout pas aux Français, qui en veulent à Macron plus que jamais », rappelle le journaliste américain, alors même poursuit l’article que l’exécutif a “empêché des licenciements massifs, soutenu les salaires, évité une pénurie alimentaire et atteint un taux de mortalité inférieur aux pays voisins, exceptée l’Allemagne”.

Mais ces louanges de la presse américaine ne suffiront pas à calmer d’autres colères qui montent sur le thème cette fois du « racisme et de la violence » de la police française. Laquelle police -du moins certains de ses représentants- est en colère contre un gouvernement accusé d’avoir cédé un peu trop vite à l’émotion, en prenant des mesures pour interdire certaines pratiques d’interpellation.

Bref, à la veille de l’été, la France gronde et les colères françaises se ramassent à la pelle…

Deuxième partie : USA : Joe Biden porté par l’affaire Floyd ?

A-t-elle été un tournant de la campagne ? cette scène où l’on voit le président Trump, sur les conseils de sa fille Ivanka, ordonner l’évacuation manu militari de ces manifestants mobilisés contre la violence policière et le racisme en face de la Maison Blanche, puis, une fois la place nettoyée avec une grande brutalité, Trump entrant dans une église, brandissant une Bible, image caricaturale de l’homme blanc garant du bon ordre traditionnel, victorieux des ennemis de l’Amérique.

Sauf que le plan comm’ a manqué sa cible, les militaires n’ont pas apprécié qu’on les sollicite pour une telle mission, et plusieurs personnalités de droite comme l’ex général des Marines James Mattis, ex secrétaire à la Défense, l’ancien président Georges W Bush, l’ancien général et secrétaire d’Etat Colin Powell, l’ex candidat Mitt Romney, ont annoncé qu’ils voteraient désormais Jo Biden.

Joe Biden, ce Sleepy Biden, que Trump caricaturait si facilement ces derniers temps en candidat endormi, a peut-être trouvé dans la tragédie Floyd le moyen inespéré de faire bouger une Amérique qui semblait pour toujours figée en 2 entre Pro et Anti Trump : Biden a désormais dans les sondages une longueur d’avance !

Sauf qu’il reste 5 mois, et un adversaire redoutable qui a le don de renverser les situations et excelle dans les rapports de force. 5 mois et l’inconnu d’un virus toujours actif aux Etats-Unis et d’une crise économique, deux éléments qui pèseront eux aussi dans la balance d’un match dont personne n’ose pronostiquer l’issue.

Coronavirus, une Conversation Mondiale – Emmanuel Laurentin

Emmanuel Laurentin vient présenter des morceaux choisis de la « Conversation mondiale » qu’il fait vivre en ce moment avec son équipe du Temps du Débat : des intellectuels de tous les continents leur envoient leurs réflexions sur la période historique que nous vivons. Il nous parle aujourd’hui de deux textes, l’un de la philosophe, écrivaine et militante Marcia Tiburi  selon laquelle « Le Brésil sombre dans la peur et la mort », ainsi qu’un texte écrit par l’historienne américiane Nina Kushner : « Ce qui est spécifiquement américain, c’est l’attaque organisée et politique de la science ».

Retrouvez l’émission dans son intégralité sur France Culture.

Les invités :

Aurélie Filippetti, femme politique, romancière, ancienne ministre de la Culture dans les gouvernements Ayrault puis Valls ; Betrand Badie, politiste, spécialiste des relations internationales, professeur émérite des universités à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI); Dominique Reynié, professeur des Universités à Sciences Po et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique.