79% des électeurs envisagent un vote antisystème en 2022, selon l’indicateur de protestation électorale de la Fondation pour l’innovation politique.

Fortes tentations antisystème, défiance à l’endroit des gouvernants et méfiance envers la mondialisation. La France post-« gilets jaunes » présentait un visage tourmenté. La France touchée par l’épidémie de Covid-19 se montre plus anxieuse encore. À un an et demi de l’élection présidentielle, jamais le pays n’a été autant tenté par un vote « protestataire » (lire ci-dessous), selon le dernier indicateur de la protestation électorale établi par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) et administré par l’institut Opinionway, en partenariat avec Le Figaro.

En vue de 2022, près de huit électeurs inscrits sur dix (79%, + 2 points en un an) affirment envisager l’abstention, le vote blanc ou le vote antisystème – Le Pen, Mélenchon, Dupont-Aignan ou un candidat de la gauche révolutionnaire. Déjà très forte lors du premier tour de la présidentielle de 2017 (60,9% des inscrits), cette «protestation électorale» traduit une « déconsolidation démocratique », analyse Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique.

Dans cette France encline à la protestation, les tentations les plus partagées restent le vote blanc (49%, + 1 point en un an) et l’abstention (45%, + 4). Preuve de l’ampleur de cette prise de distance avec le système électoral, les bataillons d’abstentionnistes potentiels recrutent à un haut niveau dans toutes les catégories d’âge et de profession ; seuls les retraités et les plus de 65 ans y sont sous-représentés (28%).

La leader du vote antisystème reste la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, dont le potentiel électoral se maintient haut: 18% des électeurs sont « certains » ou ont « de fortes chances » de voter pour elle au premier tour de 2022, loin devant l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon (8%), second visage de l’expression antisystème. Et juste devant Emmanuel Macron (16%).

Trois ans et demi de macronisme au pouvoir n’ont pas fait refluer les velléités protestataires des Français, mais le chef de l’État résiste face à ce mur de défiance. Dans l’hypothèse d’un nouveau second tour Macron-Le Pen, il disposerait du vote « certain » ou « probable » de 31% d’électeurs, soit plus que la députée du Pas-de-Calais (25%). L’incertitude plane toutefois sur un tel face-à-face, tant l’indécision (13%) est encore forte dans la population, sans compter l’abstention ou le vote blanc potentiels (29%), en capacité de faire basculer le scrutin.

En dehors du « camp » protestataire, les partis dits de gouvernement ne sont pas enterrés, tant les Français gardent ouvertes différentes attitudes possibles.72% d’entre eux pourraient voter pour au moins l’un des quatre partis EELV, LR, LREM et PS, avec une plus forte tentation pour le vote vert (42%). Mais ces formations se retrouvent devant un cruel constat: la démocratie représentative n’est plus incontournable pour de plus en plus de Français. Seuls 59% d’entre eux la préfèrent à un système de démocratie directe (25%) ou à un régime autoritaire (12%).

Cette quête d’un pouvoir fort est l’une des facettes du besoin d’autorité et de l’exigence de protections exprimés par les Français. S’accumulent une anxiété économique et sociale, malgré l’annonce d’un plan de relance massif de 100 milliards d’euros, une angoisse sanitaire et un souci sécuritaire de plus en plus aigu: l’inquiétude face à la délinquance (50%) a augmenté de 16 points en un an, après une année marquée par des faits divers, des attaques islamistes et un débat sur l’« ensauvagement » de la société au sommet de l’État. En 2020, gouverner revient à tenter de vaincre des peurs.


Ce que recouvre la « protestation électorale »

Sous la notion de « protestation électorale », la Fondation pour l’innovation politique agrège quatre comportements électoraux: la tentation déclarée à voter populiste (Rassemblement national, La France insoumise, Debout la France), à voter pour la gauche révolutionnaire (Lutte ouvrière, Nouveau Parti anticapitaliste), à s’abstenir et à voter blanc. Six éléments caractérisent l’offre populiste, selon la fondation: l’appel au peuple, un discours anti-élites, une culture autoritaire, un programme nationaliste, un style rhétorique notamment caractérisé par l’exagération ou la simplification, et une vision xénophobe – dimension sur laquelle LFI « ne veut pas ou ne parvient pas à s’engager durablement », précise toutefois la Fondation pour l’innovation politique. Situé « entre droite souverainiste et droite populiste », Debout la France a été retenu en raison de son accord avec Marine Le Pen avant le second tour de la présidentielle de 2017.