Le think tank Fondapol vient de publier un rapport au titre provocateur « Qui paie ses dettes s’enrichit« . Il faut oser afficher cette formule ancestrale au moment où la dette explose comme jamais à travers le monde, et surtout à l’heure des taux zéro, ou du moins très faibles : s’endetter ne coûte plus rien, où est le problème ? Pourquoi rembourser ? Fondapol n’est pas un obscur cénacle n’acceptant que les adorateurs de Hayek et de l’École autrichienne et vouant un culte mystique à l’étalon-or, non, il se définit lui-même comme « Libéral, progressiste et européen ». On fait dans le mainstream, on est chez les gens bien sous tous rapports.

Mais la lumière leur est venue : cette montagne de dette risque de déboucher sur… l’inflation. Bienvenue au club. Lisons ce qu’écrivent (page 12) Christian Pfister, qui travaille à la Banque de France et est par ailleurs professeur associé à l’Université Paris-I- Panthéon-Sorbonne et Sciences Po, et Natacha Valla, qui officie à la Banque centrale européenne et est également doyenne de l’École du management et de l’innovation, Sciences Po, avec nos commentaires entre crochets :

« Au cours des derniers mois, des voix se sont pourtant élevées pour proposer d’alléger le poids de la dette par divers subterfuges faisant souvent intervenir la banque centrale [nous en avons parlé]. Il s’agit là d’une illusion dangereuse. Les mécanismes qui impliquent le bilan de l’autorité en charge d’émettre la monnaie et d’en garantir la valeur et la viabilité sont complexes. Un défaut souverain sur les titres que détient la banque centrale qui lui serait imposé ou un renoncement à créance délibéré de la part de cette dernière, là où c’est possible, auraient des conséquences mécaniques sur les transferts de la banque centrale à l’État, donc sur le contribuable [Eh oui, après une perte de créance aussi importante, la banque centrale, en fonds propres négatifs, devra se tourner vers son actionnaire unique, l’État, donc le contribuable]. En outre, ces stratagèmes auraient des conséquences monétaires, potentiellement très graves, sur l’inflation [bingo !]. Toutefois, de même qu’il n’est pas possible de dire à partir de quel moment la dette publique devient insoutenable, on ne peut garantir à partir de quel seuil de détérioration du bilan de la banque centrale l’inflation s’accélérerait [tout à fait, prévoir un seuil ou une date de décollage des prix est illusoire]. Plutôt que de s’engager dans un jeu d’apprenti sorcier, il paraîtrait plus raisonnable, là où la dette publique a atteint des niveaux très élevés, de la maîtriser par les mécanismes traditionnels d’ajustement, tout en minimisant le coût de ces politiques grâce à l’adoption de mesures structurelles [100% d’accord]. »

Merci, les adeptes de l’École autrichienne, dont nous sommes, se sentent moins seuls. La prise de conscience s’étend, l’inflation devient un risque de plus en plus probable. Il faut dire que la Banque centrale européenne fait tout dans ce sens : les principaux États de la zone euro ont émis 610 milliards d’euros de plus qu’en 2019 pour lutter contre la crise sanitaire et ses conséquences économiques, et comme le révèlent Les Echos, la BCE a acheté 95% de ce montant !

Comprend-on ce que cela signifie ? La BCE se substitue au marché. C’est plus simple ainsi, nul besoin de convaincre les investisseurs, on imprime de l’argent et c’est terminé. Dans ce schéma, on assiste de facto à la fusion du Trésor et de la banque centrale : le financement du déficit de l’État est directement branché sur la planche à billets, la création monétaire est en roue libre. Techniquement, c’est le dispositif de l’hyperinflation, une dette qui ne coûte rien et que l’on peut activer à la demande, sans se soucier de l’opinion des marchés ni de leur capacité à absorber ces obligations. Un véritable pousse-au-crime pour les gouvernements dépensiers. Fondapol n’évoque pas les moyens de se protéger de cette inflation, au premier rang desquels l’or, bien sûr. Ce sera peut-être pour un prochain rapport…

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