Les interrogations sur l’utilité de rembourser ses dettes se sont récemment multipliées dans les débats publics. Cette note montre que payer ses dettes permet en fait d’éviter des coûts importants par ailleurs. Elle s’ouvre par un constat : en France, entre 2009 et 2019, les deux secteurs, privé et public, se sont davantage endettés. Si la situation n’est pas pour autant devenue grave, notre pays fait toutefois figure d’exception parmi les grandes économies développées. La note explore ensuite les perspectives.

Un gonflement des ratios dette/produit intérieur brut (PIB) est en train de se produire en 2020, notamment pour les agents publics. Sauf dans le cas de certaines économies émergentes, la probabilité que les États ne puissent pas accéder aux marchés reste toutefois généralement faible.

Des voix se sont pourtant élevées pour proposer d’alléger le poids de la dette par divers subterfuges faisant souvent intervenir la banque centrale. Il s’agit là d’une illusion dangereuse. Plutôt que de s’engager dans un jeu d’apprenti sorcier, il paraîtrait plus raisonnable, là où la dette publique a atteint des niveaux très élevés, de la maîtriser par les mécanismes traditionnels d’ajustement.
Les agents privés devront adapter leur gestion de patrimoine au changement de contexte. Dans le sillage de la crise sanitaire, l’accès au crédit bancaire devrait devenir plus difficile aux entreprises et aux ménages. Au-delà, deux scénarios contrastés sont envisagés. Le premier, qui repose sur la mise en oeuvre de politiques d’ajustement dans les pays les plus endettés doublées de réformes structurelles, conduit à privilégier les actions. Dans le second scénario, avec une inflation au niveau des années 1950-1970, le recours à l’endettement bénéficie aux plus riches.

Cette note a été écrite par Christian Pfister, professeur associé à l’Université Paris-I- Panthéon-Sorbonne et Sciences Po et Natacha Valla, doyenne de l’École du management et de l’innovation, Sciences Po.