Article paru dans Challenges, le 11 juillet 2013.

Aldo Cardoso, consultant et expert-comptable, est administrateur de plusieurs entreprises, dont GDF Suez et Imerys. Il participe également aux travaux du think tank Fondation pour l’innovation politique.

Challenges. Quel est, selon vous, le meilleur critère pour dire de quelqu’un qu’il est riche ?

Aldo Cardoso. Une personne riche peut vivre des revenus de son capital tout en le préservant. Les vrais riches en France, ceux qui profitent de la richesse du pays, ce sont désormais les étrangers. La raison ? Une spirale dépressive alimentée par l’aspect confiscatoire de l’impôt, la non-stimulation de la création de richesse, et enfin par l’exil de fortunes constituées, ou en devenir.

Peut-on encore rester riche en France ?

En France, nous sommes aujourd’hui dans un contexte de répression financière : le rendement net du capital (après inflation et impôts) est très faible, voire négatif. Un patrimoine qui aurait un rendement moyen brut de l’ordre de 5% par an sur plusieurs années, ce qui est très élevé, ne permet pas de vivre (voir graphique). Une fois l’inflation et les impôts déduits, ce rendement devient même négatif.

Peut-on encore faire fortune en France ?

Il y a de remarquables exemples de fortunes récentes créées par des entrepreneurs. Mais ils sont rares. Si une bonne partie de la richesse créée est confisquée soit de façon instantanée, soit de façon différée, tout individu recherchera des stratégies d’optimisation qui passeront souvent par l’exil.

Quels sont les riches qui s’en sortent le moins bien ?

L’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) pénalise en priorité les petites fortunes ; ces personnes qui, durant toute leur vie, ont constitué une épargne de précaution pour pouvoir vivre confortablement quand elles n’auraient plus de revenus tirés de leur activité et aider leurs proches. Les plus impactés sont ceux dont la fortune est en partie composée de la résidence principale plus une ou deux résidences secondaires, que je qualifierais de patrimoine de confort. Ces personnes sont d’autant plus pénalisées que ces actifs ne génèrent pas de revenus. Prenons l’exemple d’une fortune de 10 millions d’euros, dont la moitié est composée d’actifs immobiliers pour usage propre, et l’autre de placements financiers. Dans ce cas, le taux d’ISF qu’il faudra payer sur le patrimoine financier est le double du taux facial : c’est en effet sur lui que va reposer la totalité de la charge de l’ISF, puisque le patrimoine immobilier propre n’est pas productif, et qu’il supporte en plus d’autres impôts. Dans ce cas, l’exigence de rendement devient impossible à satisfaire. En revanche, dès que la fortune représente plusieurs dizaines de millions d’euros, le coût de l’ISF sur le patrimoine financier sera plus dilué, donc plus supportable. L’ISF est un mal qui pourrit notre société et entrave son développement. C’est un impôt pervers.

Quelles mesures préconisez-vous pour sortir de cette spirale ?

Il faut impérativement supprimer l’ISF et constitutionnaliser sa suppression. Ramener à 50% le taux de prélèvement maximal sur les revenus. Réduire la fiscalité du capital, les droits de succession, et accélérer les transmissions pour fluidifier la circulation de richesses. Stabiliser la fiscalité. Mettre en place des mesures incitatives pour faire revenir les capitaux exilés. Pour créer une dynamique, il faut offrir des perspectives de réussite, y compris financières. Stimuler et encourager les efforts et les réussites individuelles, ces dernières ayant un effet d’entraînement sur l’ensemble de la société.

Propos recueillis par Sylvie Hattemer-Lefèvre