Article publié dans Futuribles, le 14 février 2014.

« Mieux, plus simple et avec les mêmes personnes » : ce sous-titre résume les propositions d’une note publiée par Fondapol (la Fondation pour l’innovation politique) 1. Les auteurs donnent un exemple frappant : les systèmes de réinsertion des chômeurs consacrent à la supervision et au support 32 % de leurs effectifs en France, un quart en Allemagne, 17 % outre-Manche.

L’efficacité exige « une diminution drastique des activités de coordination et de contrôle. Coordonner moins par un accès plus ouvert à l’information, contrôler moins en basculant au maximum vers un contrôle a posteriori. » Les auteurs, Pierre Pezziardi, Serge Soudoplatoff, tous deux informaticiens et entrepreneurs, et Xavier Quérat-Hément, directeur de la qualité du groupe La Poste, ont beau jeu de montrer combien les organisations et pratiques de management les plus répandues dans « l’entreprise citadelle » sont en porte-à-faux avec le contexte actuel qui exige le passage à un « modèle communautaire » : « une entreprise en silo, des frontières poreuses et des clients en réseau, cela constitue un modèle inefficace, donc non soutenable ».

Nous ajouterions volontiers que les modèles non viables peuvent mettre du temps à s’effondrer et être maintenus en survie, au mépris de l’intérêt général, par des acteurs qui y trouvent dans l’immédiat une source de profits égoïstes ou, pire, des satisfactions d’égotisme aveugle.

Les auteurs soulignent le gâchis provoqué en France par « l’inflation colossale des fonctions “support” dans les grandes organisations […] qui se muent en bureaucraties dont l’informatique se fait le bras armé ». Or « l’inflation de la réglementation ne produit pas nécessairement plus de régulation. Les derniers scandales bancaires ou sanitaires l’attestent. » Ils notent que l’idéologie de « profitabilité à court terme » véhiculée par les écoles de commerce, après avoir « saccagé l’entreprise privée en la divisant […] s’est attaquée [aux] services publics [français] avec un immense succès ».

Les auteurs préconisent des démarches systémiques, favorisant l’innovation ouverte, le travail collaboratif dans la confiance, la création de valeur par le partage. Ce n’est pas de l’utopie, comme le démontrent nombre de réussites, parmi lesquelles celle de la société Lippi 2. Mais il faut oser, même dans l’Éducation nationale, « créer des zones d’élasticité réglementaire, accepter la diversité des solutions, l’échec. Faire l’éloge des succès et les diffuser. » Il faut exploiter des méthodes agiles ou lean, largement ignorées en France, même par les informaticiens, malgré leur succès en dehors de l’Hexagone 3.

Tout contrôler aboutit, au bout de 10 ans et d’une dépense de 200 millions d’euros, à l’échec du dossier médical personnalisé. Que la France développe enfin « une puissante industrie de la débureaucratisation » avec un impact potentiel énorme sur sa croissance économique ! Comme le préconisent les auteurs de cette note de la Fondapol : « mettons enfin l’informatique au service des innovations sociales dans nos organisations, en permettant l’émergence d’initiatives réellement innovantes et créatrices de valeur hors des règles de la technostructure, dans une démarche progressive basée sur le volontariat ».



[1]. Pezziardi Pierre, Soudoplatoff Serge et Quérat-Hément Xavier, Pour la croissance, la débureaucratisation par la confiance, Paris : Fondapol, novembre 2013, 38 p. URL : http://www.fondapol.org/etude/internet/pour-la-croissance-la-debureaucratisation-par-la-confiance/

[2]. Voir Lippi Frédéric, « Le Web et la confiance », in « Revitaliser le tissu productif. Des acteurs et des pratiques exemplaires », Futuribles, n° 374, mai 2011, p. 30-33.

[3]. Cela rejoint les conclusions de Hemmer Gudme Olaf (de) et Poissonnier Hugues (sous la dir. de), Valeur(s) & management. Des méthodes pour plus de valeur(s) dans le management, Paris : éditions EMS, 2013 ; et Portnoff André-Yves, « L’autre scénario reste possible », 16 octobre 2013. URL : http://ayportnoff.wordpress.com/2013/10/16/lautre-scenario-reste-possible/

Par : PORTNOFF André-Yves