Tribune des Arvernes, co-auteurs avec la Fondation pour l’innovation politique du Code éthique de la vie politique et des responsables publics en France, parue dans Les Echos, mardi 29 avril 2013.

La France prend la tête de l’Europe du Sud, celle du chômage et de la pauvreté. C’est peu dire, pourtant, que les comparaisons devraient inciter à la modestie. L’Allemagne est au plein-emploi ; le sous-emploi pulvérise tous les records en France. L’Allemagne égrène les excédents commerciaux ; le déficit extérieur français explose. Du couple franco-allemand, seule la voix de l’Allemagne porte quand il s’agit d’économie.

La gauche croit subtil de souligner que l’Allemagne, géant aux pieds d’argile, a un problème démographique ? C’est sans doute pour cela qu’elle combat avec méthode tout ce qui pourrait permettre de maintenir notre démographie (allocations familiales, mariage, etc.).La gauche n’est pas seule fautive. Ce sont tous nos gouvernants qui ont pris les mauvais tournants, sous l’égide d’une intelligentsia socialiste qui a su être de tous les gouvernements, même de droite : une fonction publique pléthorique, des entreprises écrasées de charges, le talent des meilleurs des Français découragé !
 
Le bilan est désastreux et la conséquence logique : l’Europe du Nord et l’Allemagne rejettent le consensus économique en France.

Vilipendée, l’Allemagne a raison.
 
Raison sur le diagnostic. Après le choc Lehman Brothers, l’Allemagne seule a su diagnostiquer non un manque mais un excès de liquidités qui a nourri l’économie de bulles. Et Peer Steinbrück, principal chef de la gauche, de dénoncer le « keynésianisme flagrant ». De manière piquante, les marchés financiers anglo-saxons et la gauche française sont d’accord : noyons trente années d’erreurs dans la dette et la création monétaire. Tant pis pour les enfants et petits-enfants des baby-boomeurs !

Raison sur le placement du curseur entre l’offre et la demande. Cette 
politique de l’offre, que Nicolas Sarkozy n’a pas su mettre en oeuvre, donne la priorité aux entreprises et à la compétitivité : flexibilisation du marché du travail, mise sous tension de la dépense publique, baisse des charges, etc.

Raison sur le rapport au monde. Dix ans avant nous, l’Allemagne a 
compris que la fin de la guerre froide et l’entrée sur le marché
 mondial de 3 milliards d’individus constituaient un choc économique inouï. Contrairement à ce que pensent ceux qui la jalousent, elle sait qu’elle surnage seule ou presque dans une Europe qui sombre.

Raison sur les principes. Une dette se rembourse, car il n’est pas de système financier durable dans lequel on ne peut pas croire (« crédit ») à la parole donnée. La monnaie n’est pas un gadget avec lequel on pourrait impunément jouer.
 
C’est un combat titanesque que l’Allemagne (et d’autres) mène aujourd’hui, contre des pays et des organisations internationales décrédibilisées (Union européenne, FMI). Renoncer à restaurer la soutenabilité des finances publiques, reprendre une dernière rasade de dépenses publiques avant le sevrage quand les taux d’intérêt augmenteront, c’est préparer l’éclatement de la zone euro et l’effondrement.

La gauche manque la cible. Ce qui s’exprime en Allemagne, ce n’est pas l’égoïsme : c’est le pragmatisme d’un pays qui ne sait pas s’il pourra amener ses partenaires à adopter les mesures qui ont marché chez lui. Par pragmatisme, la France doit avoir le courage, pour elle-même et
 personne d’autre, de puiser auprès de l’Allemagne certaines des
 solutions qui ont fait leurs preuves outre-Rhin et de l’épauler au lieu 
de la combattre.

Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d’économistes, de professeurs d’université et de chefs d’entreprise.

crédit photo : Flickr_European Parliament