Tribune de Laurence Daziano  parue dans La Tribune le 27 novembre 2014. Les émergents comptent à la fois développer la production d’électricité via les énergies renouvelables et des industries de pointe dans ce domaine.

Les pays émergents sont de plus en plus présents dans les secteurs économiques traditionnels, mais également dans les secteurs de pointe tels que les énergies renouvelables. En effet, contrairement à l’idée reçue, les leaders mondiaux des énergies renouvelables ne se trouvent pas au Nord, mais au Sud car les pays émergents sont contraints, plus rapidement que les pays développés, d’accroître et de diversifier leur mix énergétique. De plus, le tissu industriel et les faibles coûts de main-d’œuvre permettent aux émergents de développer des industries nationales d’énergies renouvelables, investissant ainsi un secteur d’avenir.

Près de 20% de croissance des capacités de production

Selon une étude publiée par Bloomberg en octobre, les pays émergents se sont dotés, entre 2005 et 2010, de 142 GW de capacités de production supplémentaires dans le solaire, l’éolien, la géothermie, la biomasse et la petite hydroélectricité. En 2013, les pays émergents ont installé presque autant de nouvelles capacités renouvelables (37 GW) que les pays de l’OCDE (43 GW). La croissance annuelle moyenne des énergies renouvelables (hors grande hydroélectricité) dans les pays émergents s’est élevée à 18,8%, alors que les pays de l’OCDE atteignaient 12,8% sur la même période (2005-2010). Or, le différentiel d’investissement ne cesse de se creuser car structurellement, les pays émergents sont incités, plus rapidement que les pays développés, à recourir aux énergies renouvelables pour deux raisons.

Une hausse exponentielle des besoins

D’une part, les pays émergents sont confrontés à une hausse exponentielle de leurs besoins énergétiques que les énergies fossiles ou le développement de l’énergie nucléaire ne peuvent couvrir. Depuis 2008, les pays émergents consomment plus d’énergie que les pays développés. Les pays émergents sont donc incités à développer leurs énergies renouvelables, car ce n’est pas seulement une condition d’équilibre de leur mix énergétique, mais bien la nécessité de couvrir un besoin primaire de demande d’énergie qui ne serait pas assuré sans le renouvelable. La rapidité d’installation des énergies renouvelables (2 à 3 ans, voire six mois pour des fermes photovoltaïques) constitue un atout majeur alors que les grands projets d’infrastructures, tels que les barrages hydroélectriques ou les centrales nucléaires s’étalent sur une dizaine d’années. L’Indonésie, le Kenya, le Mexique, l’Inde et le Chili figurent parmi les pays émergents les mieux équipés en énergies renouvelables.

L’intérêt de développer une industrie nationale

D’autre part, les pays émergents ont bien compris l’intérêt de développer une industrie nationale d’énergie renouvelable qui, après avoir réalisé ses premières installations localement, deviendra une industrie exportatrice pour les marchés développés. Cette industrie s’appuiera ainsi sur les obligations climatiques adoptées par les pays riches pour trouver des débouchés.

Une priorité pour la Chine

Enfin, il ressort des deux points précédents que la Chine devient logiquement le cœur mondial des énergies renouvelables. Si le charbon assure 80% des besoins énergétiques de la Chine, Pékin a fixé un objectif de 20% de la production d’énergie par les renouvelables en 2020. Les énergies renouvelables font donc partie des priorités stratégiques pour le développement de Pékin, en raison de ses besoins énergétiques propres et des difficultés colossales de la qualité de l’air dans les mégapoles chinoises. Pour atteindre cet objectif, Pékin a investi 54 milliards de dollars en 2013. Actuellement, si la Chine reste le premier émetteur de CO2 dans le monde, elle dispose néanmoins de 166.381 MW de capacités installées en énergies renouvelables.

Développer des partenariats avec les chinois

En l’espace de quelques années, la Chine est devenue le plus important fabricant au monde d’équipements solaires et éoliens. Elle est devenue le leader mondial de la production d’électricité d’origine renouvelable avec 949,2 TWh, loin devant les États-Unis (536,9 TWh) et le Brésil (462,2 TWh). Elle est au premier rang mondial pour la production hydroélectrique (23,2% du total mondial) et pour la surface de capteurs solaires thermiques (67% du total mondial), et au deuxième rang pour l’éolien. Il est ainsi probable que l’écart entre l’industrie chinoise en matière d’énergies renouvelables et les industries des pays développés ne cesse de s’accroître puisque la profondeur du marché domestique chinois et la capacité d’export lui fournissent des débouchés quasi-illimités. Sur ce sujet, comme tant d’autres, le partenariat avec les industries chinoises est fondamental pour développer nos industries et remporter, demain, des marchés à l’exportation.

Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po à Paris, est membre du Conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique. Elle est l’auteur de l’ouvrage : « Les pays émergents, approche géo-économique » (Armand Colin, 2014). Un débat autour de cet ouvrage est organisé par la Fondation pour l’innovation politique le 3 décembre 2014, à suivre en direct sur le site de la Fondation. Elle est aussi l’auteur pour la Fondation pour l’innovation politique des notes La nouvelle vague des émergents et L’urbanisation du monde. Une chance pour la France.