Tribune de Robin Rivaton publiée dans Les Echos, le 25 juin 2013.

Alors que les premières pistes ont été dévoilées pour assurer le financement du système de retraite jusqu’à 2035, les solutions tournent le plus souvent autour de la hausse des prélèvements et/ou de la durée de cotisation. A l’inverse, la baisse des pensions ne semble pas trouver grâce aux yeux des politiques et des commentateurs. Ce n’est pourtant que depuis la réforme Balladur de 1993 que le montant des retraites du régime général a été indexé sur l’évolution des prix à la consommation hors tabac, étant revalorisé chaque année au 1 er avril.

Loin d’être une proposition iconoclaste, la désindexation s’est retrouvée inscrite dans l’ensemble des programmes de retour à l’équilibre budgétaire des gouvernements européens quelle qu’en soit la couleur politique. En Espagne, c’est un Premier ministre socialiste, Zapatero, qui avait supprimé la règle de revalorisation automatique des retraites et décidé du gel des pensions pour 2011, à l’exclusion des retraites minimales ou inférieures au seuil d’imposition. L’année dernière, l’Italie de Mario Monti a lancé une grande réforme des retraites avec un gel de l’augmentation des retraites pour les deux prochaines années, sauf pour les deux tranches les plus basses, inférieures à 936 euros par mois.

La désindexation a l’immense vertu de concerner tous les membres du corps social tout en étant cohérente avec les objectifs de solidarité intergénérationnelle en ne transférant pas le poids du financement du niveau de vie actuel sur les générations futures. En termes de conduite de changement, elle est socialement plus acceptée car elle évite d’attirer le ressentiment d’un groupe social en particulier et peut être modulée afin de ne pas toucher les foyers les plus modestes.

Dans la boîte à outils des politiques publiques, c’est cet instrument que vient de choisir David Cameron pour limiter la hausse des dépenses de l’Etat providence en plafonnant à 1 % par an la hausse des prestations sociales. Instrument qu’il avait déjà utilisé en 2011 en mettant fin à l’indexation automatique des salaires des fonctionnaires sur l’inflation. C’est aussi ce mécanisme que le Premier ministre, François Fillon, avait choisi en 2011 en limitant la revalorisation des prestations sociales à 1 %, c’est-à-dire au niveau attendu de croissance.

L’appliquer aux retraites permettrait de réaliser des économies substantielles, les seules capables d’assurer la préservation du système de répartition de l’implosion. Selon Eurostat, en 2011, la France a consacré près de 14,4 % de sa richesse nationale aux pensions de retraite contre 13 % pour l’ensemble de l’Union européenne alors que la population âgée, en pourcentage de la population totale, y est plus faible. Les déficits du régime général (5,5 % en 2011) sont financés par l’endettement et constituent une entorse profonde aux objectifs de solidarité.

Il y a trente ans, une politique de désinflation compétitive des salaires, initiée sous un gouvernement socialiste, a permis de redonner à la France des marges de manoeuvre économiques. Aujourd’hui, dans une économie où la redistribution organisée par l’Etat s’est accrue, il serait incompréhensible que le président ne sorte pas de sa fameuse « boîte à outils » ce précieux instrument de la désindexation compétitive.

Robin Rivaton est analyste économique, membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique. Il est l’auteur de plusieurs notes pour la Fondation :

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