Chronique parue dans L’Opinion, le 11 décembre 2013.

La décision de Morgan Stanley de classer l’indice boursier Athex au rang de valeur émergente met en lumière l’ampleur de la crise grecque. Depuis 2008, la Grèce est entrée dans une crise économique sans précédent, sapant les fondements de la démocratie et jetant dans les rues des milliers de contestataires, jeunes sans avenir et retraités sans pensions. Le taux de chômage s’est hissé à 27 % de la population active et la dette publique, malgré les plans successifs de réduction des dépenses, atteint 175 % du PIB.

La Grèce a été le cristallisateur de la crise des dettes souveraines. Sur le plan financier, elle a inauguré la chute des comptes publics et des faux bilans bancaires. Sur le plan économique, elle connaît la septième année d’une récession qui a diminué son PIB de 25 % et provoqué l’envolée du chômage. Sur le plan politique, elle a abouti à la démission forcée de Georges Papandréou, à son remplacement par le gouvernement technocratique de Lucas Papademos, ancien vice-président de la BCE, puis au gouvernement d’union nationale d’Antónis Samarás. Enfin, la Grèce a connu la montée des extrêmes et la fragilisation des institutions démocratiques aux élections de mai 2012, avec la percée de Syriza, le parti d’extrême gauche, et l’entrée au Parlement du parti néo-nazi, Aube dorée.

En réalité, le début de la crise de l’endettement grec remonte à 2004. A cette date, Athènes accueille les Jeux olympiques. Le total des dépenses publiques s’élèvent officiellement à 10 milliards d’euros, mais plus vraisemblablement à 20 milliards. Les Jeux olympiques entraînent ainsi un surendettement qui fait basculer l’économie lors du déclenchement de la crise financière en 2008. Plus structurellement, l’absence de cadastre ou la difficulté de la collecte de l’impôt concourent à l’affaiblissement de la puissance publique. Comme le disait Mario Monti, « la Grèce est un pays réfractaire au marché unique et à la concurrence ».

La Grèce est aujourd’hui ingouvernable et insolvable. Sa dette n’est toujours pas sous contrôle et les plans de la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) ont atteint le seuil de la tolérance démocratique. La croissance potentielle ne permettra pas de redresser l’économie et les comptes publics. Dans ces conditions, l’Union européenne doit engager une restructuration des 350 milliards d’euros de la dette grecque. Seule une restructuration ordonnée et réfléchie peut encore sauver Athènes. Du côté grec, cette restructuration passe par la collecte effective de l’impôt, la libéralisation de l’économie et un programme massif de privatisation. Parallèlement, une opération de conversion de la dette en euro-bonds, avec des taux inférieurs et des durées plus longues, serait engagée sous le contrôle de la BCE. Bruxelles et Athènes doivent revenir, de concert, au principe de réalité économique.

Laurence Daziano, économiste, est maître de conférences à Sciences Po et membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique, auteur de la note La nouvelle vague des émergents.