Tribune de Laurence Daziano parue dans L’Opinion, jeudi 23 janvier.

Comme chaque année, les leaders politiques et économiques ont refait le monde à Davos. Klaus Schwab, l’inoxydable président du forum avait choisi le thème « Remodelage du monde : conséquences pour la société, la politique et l’entreprise ». Quel bilan peut-on tirer de ces quelques jours d’intenses réflexions ? Quatre leçons fondamentales.

Première leçon, la croissance est de retour dans les pays développés. Mais il s’agit d’un retour en ordre dispersé. Alors que les Etats-Unis font preuve d’une vigueur étonnante, le Japon s’enfonce dans une politique dangereuse avec les Abenomics et la création monétaire sans limite, tandis que les problèmes fondamentaux, notamment le chômage de masse et le niveau d’endettement, ne trouvent pas de solutions en Europe.

Deuxième leçon, les BRICS entament une nouvelle phase de leur développement, laquelle sera davantage marquée par les aspirations démocratiques des classes moyennes et le rééquilibrage de leur modèle de croissance en faveur de la consommation. Les élections générales prévues en Inde, au Brésil et en Afrique du Sud devraient être l’occasion de disputer le leadership des partis au pouvoir. Le parti du Congrès à New Delhi, le parti des Travailleurs à Brasilia et l’ANC à Pretoria devront partager le pouvoir. Seule la Chine, avec sa remarquable stabilité politique et les équilibres internes du parti communiste chinois, a réussi une transition remarquable avec l’arrivée d’une nouvelle génération, plus jeune et plus « libérale », au pouvoir à Pékin.

Troisième leçon, les pays émergents, bien que marqués par un ralentissement de croissance, vont demeurer la locomotive de la planète. A ce titre, une nouvelle génération apparaît parmi laquelle il faut nommer le Bangladesh, l’Ethiopie, le Nigeria, l’Indonésie, le Vietnam et le Mexique. Ce sont les futurs grands émergents. Plus largement, l’Afrique est le continent qui attire tous les regards avec une forte croissance démographique (deux milliards d’habitants en 2050), une croissance économique élevée, l’apparition d’une classe moyenne et de forts investissements. A Davos, douze présidents africains – dont le Nigérian, le Tanzanien ou le Rwandais – ont fait le déplacement. La vedette des podiums était le Nigérian Aliko Dangote, l’Africain le plus riche du continent qui pèse 16 milliards de dollars.

Quatrième leçon, l’architecture de la gouvernance mondiale est à construire. En d’autres termes, la coexistence d’une économie de plus en plus mondialisée avec des espaces politiques qui restent nationaux n’est pas soutenable. Il faudra donc déplacer des centres de décision au niveau global. A ce titre, la question de l’équilibre des richesses et des inégalités a émergé à Davos. Ainsi, l’ONG Oxfam a marqué les esprits en soulignant que les 85 premiers milliardaires représentaient la richesse cumulée de la moitié de la planète. De ce point de vue, le forum de Davos est apparu comme un lieu de réflexion sans égal pour comprendre que la compétition mondiale n’est plus entre le Nord et le Sud, mais entre les nations réformistes et les autres.

Laurence Daziano, économiste, est maître de conférences à Sciences Po et membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique, auteur de la note La nouvelle vague des émergents.