Tribune de Robin Rivaton, parue dans L’Opinion, le 8 janvier 2014

Des entreprises aux partis politiques, tout le monde évoque le progrès. Il traverse le spectre politique. En juin, Nicolas Sarkozy en revendique la paternité, en novembre c’est sous les couleurs du PS qu’il s’habille lors d’un forum intitulé « Le progrès face aux idéologies du déclin ».

Le même mois, la Fondation pour l’innovation politique le conviait à la Mutualité pour un grand événement de 24 heures sous le titre évocateur « Le progrès, c’est nous ! ». Au même moment, sur les panneaux publicitaires, il s’affichait en compagnie d’un opérateur de téléphonie mobile « Le progrès, c’est maintenant » et d’un producteur d’électricité « Donnons l’impulsion au progrès ».

La sémantique est souvent une traduction inconsciente d’un mouvement de pensée de fond. Or le progrès est revenu trois fois plus sur Internet en 2013 qu’en 2010. Comment expliquer un tel succès pour cette notion qui avait été progressivement sortie du débat public, apparaissant sporadiquement en situation de faiblesse lorsque la science et la technologie étaient placées sur le banc des accusés par les procureurs anti-OGM, antinucléaire, anti-antennes ? Pour se cacher, il a même tenté de se confondre dans le progressisme, qui vise à l’évolution des règles et normes sociétales.

Le progrès doit quitter le statut de créneau politique porteur et se traduire dans les chiffres

Ce retour de la notion de progrès pourrait, de prime abord, s’interpréter dans une optique défensive comme une réaction au pessimisme ambiant, une tentative de réponse à la sinistrose. Comme l’industrie, le progrès renvoie aux années Pompidou, âge d’or mythifié et rêvé d’une France prospère et confiante en l’avenir. Entre 1964 et 2008, l’usage du mot progrès avait été divisé par deux dans la littérature française.

Il est surtout révélateur de la vraie nature des Français. Contrairement à la doxa présentant notre pays comme une terre de conservatisme, les Français n’ont pas tourné le dos à la devise du pavillon des machines de l’exposition universelle de Paris en 1900, « Le Progrès est la lumière des nations ». D’après l’Eurobaromètre de septembre 2012, neuf Français sur dix se déclarent intéressés par les découvertes scientifiques et les développements technologiques. Ils sont le troisième pays le plus technophile de l’Union européenne derrière les Hollandais et les Suédois.

Alors que la France recèle un formidable potentiel de créations d’entreprises et d’innovations, l’hostilité des pouvoirs publics au progrès, traduite dans la multiplication des normes et des interdictions – de l’agrandissement de l’exploitation agricole à l’utilisation de technologies innovantes de forage – a déjà coûté des dizaines de milliards d’euros de croissance perdue. Le progrès doit donc quitter le statut de créneau politique porteur et se traduire dans les chiffres. Au-delà de l’effet d’affichage, affirmer sa foi dans le progrès requiert de construire des programmes politiques cohérents qui laissent s’exprimer le formidable potentiel d’innovation des Français. En première ligne, la nouvelle interrogation du principe de précaution est une question structurante qui mérite mieux que quèlques éditoriaux et déclarations politiques passagères.

Par Robin Rivaton, membre du Conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique, auteur de Libérer le financement de l’économie, Relancer notre industrie par les robots et LE KAPITAL. Pour rebâtir l’industrie avec Christian Saint-Etienne.