Interview de Bariza Khiari parue dans Salam News, de juin/août 2016. Le 3 mai s’ouvrait l’exposition d’art contemporain « Effervescence » à l’Institut des cultures d’islam. Une inauguration, en présence, pour la première fois, de la nouvelle présidente de l’ICI : la sénatrice Bariza Khiari.

Salam News : Vous avez été élue à l’unanimité présidente de l’Institut des cultures d’islam. Quelle a été votre  première réaction ? Pourquoi avoir présente votre candidature ?

Barina Khiari : Beaucoup de joie et de fierté car ma candidature s’inscrit dans le cadre d’une triple légitimité. La première, c’est que j’ai toujours eu un grand intérêt pour le sujet et j’ai beaucoup travaillé. Mon dernier ouvrage a porté sur Spiritualité et citoyenneté, publié par la Fondapol et repris dans un ouvrage collectif aux Presses universitaires de France sous le titre Valeurs d’islam. J’ai également cofondé le Festival des cultures soufies de Fès avec Faouzi Skali, festival qui fête cette année sa 10e édition. Je connais de l’intérieur l’apport considérable de la civilisation islamique au monde, ce qui me permet d’être dans le dépassement et d’accueillir les cultures du monde.
La deuxième, c’est que j’ai été membre de la commission « Culture et éducation » du Sénat durant trois ans, ce qui m’a permis de comprendre les problématiques actuelles liées au monde de la culture. Rapporteure du texte sur les œuvres orphelines, j’ai contribué au montage juridique du registre Relire, relatif aux œuvres indisponibles. J’ai également été rapporteure de la loi dite « anti-Amazon ». La troisième, c’est la connaissance de la sphère publique, car j’ai été dans une vie antérieure chef d’un service de l’État, déléguée régionale au tourisme Paris/Ile-de-France et que j’ai dû travailler à l’image de la capitale et de sa région ; et je sais le pouvoir d’attraction qu’exercé la ville de Paris sur le reste du monde.

Salam News : Que pensez-vous pouvoir apporter à cet établissement culturel ?

Barina Khiari : À l’heure du village planétaire, l’efficience de l’idéal citoyen doit se mesurer en la capacité de créer du lien dans une société secouée par des spasmes où l’on convoque soit la religion, soit la laïcité tous les matins. Seules la culture et l’éducation permettent l’émancipation, l’élévation au service de la citoyenneté. Or pour être citoyen, il faut savoir d’où l’on vient, qui l’on est. L’Histoire, la culture sont des repères qui permettent de s’émanciper d’un héritage soit en l’assumant pleinement, soit en le débordant. Dans un cas comme dans l’autre, la connaissance est indispensable.

L’idée d’un établissement mixant le cultuel et le culturel dans le respect des lois de la République était audacieuse et particulièrement innovante et il faut en cela saluer Bertrand Delanoë et l’équipe municipale du 18e arrondissement. Cette imbrication du cultuel et du culturel va bien sûr être maintenue au 56 de la rue Stéphenson. Le site de la rue Léon, quant à lui, sera entièrement repensé et reconstruit pour être dédié aux cultures d’Islam. Je suis chargée d’élaborer un projet global d’établissement pour la rénovation de ce site afin qu’il soit mieux adapté aux besoins exprimés par les habitants et qu’il puisse rayonner au-delà. L’ICI offre des espaces permettant d’appréhender des aspects de la civilisation islamique qui, comme vous le savez, n’est pas homogène. L’ICI offre également aux jeunes générations d’artistes un espace d’expression et de débats. Paris, ville-monde, se doit d’être à leurs côtés dans une période aussi difficile.

Bariza Khiari, est auteure de Le soufisme : spiritualité et citoyenneté, 4ème note de la série « Valeurs d’islam » de la Fondation pour l’innovation politique.