C’est un débat portant sur la Chine et son rapport à l’Occident qui s’est tenu le mercredi 15 mai à la Fondation pour l’innovation politique, autour de l’ouvrage Doit-on avoir peur de la Chine ? de Thi Minh-Hoang Ngo. Historienne d’origine vietnamienne, chercheuse associée à l’IrAsia, Université d’Aix-Marseille, Thi Minh-Hoang Ngo nous livre dans son ouvrage une approche historique et politiste de « l’Empire sans frontière », unique en son genre.

Le débat, modéré paDébat doit-on avoir peur de la Chine? Thi Minh-Hoang Ngor Anaïs Allemand s’est déroulé entre l’auteur, Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique et Christophe de Voogd, historien et responsable du blog Trop Libre. L’accent a été mis sur les paradoxes de la seconde puissance mondiale, tout en invitant l’Occident  à prendre conscience que l’Orient et l’Occident sont – bien loin de la théorie du choc des civilisations – réunis par ce qu’elle nomme un « destin commun » fondé sur des influences réciproques trop souvent mésestimées.

Débat : Doit-on avoir peur de la Chine ? avec… par fondapol

La Chine et l’Occident, des influences réciproques

Thi Minh-Hoang Ngo a dressé d’abord un bref aperçu de la teneur de son essai : la Chine, qui se dit socialiste, s’est intensément nourrie de ses rapports avec l’Occident, principalement depuis les guerres de l’opium : elle a adopté la conception occidentale du capitalisme industriel, fondée sur la puissance de l’Etat, sans pour autant adopter la démocratie libérale et parlementaire. On trouve ici le premier paradoxe de « l’Empire du milieu ».

Christophe de Voogd est revenu sur la vision simpliste occidentale du conflit sino-japonais, et sur la question de la modernisation. Par une rhétorique comparatiste, il a fait part de son interrogation sur les inspirations du « bond en avant » Chinois : sont-elles plutôt occidentales ou japonaises ? Il est revu également sur la singularité du capitalisme en Chine : son ancrage politique ne fait aucun doute, et ce dernier produit une classe de privilégiés. C’est ici que ce noue le second paradoxe.

Pour autant, il s’agit également de prendre en compte les différences fondamentales des deux cultures, dans leur rapport à l’universalité : si l’universalisme occidental est impérialiste, la Chine entend gouverner le monde par les rites et la diffusion de la culture confucéenne, le fameux  « tianxia » (« sous le ciel »).

L’illusion démocratique amène à soulever l’épineuse question des droits de l’homme

La question se pose de la dynamique sociale de la Chine contemporaine.  prépare-t-elle la voie d’une dissociation entre la société capitaliste et le contrôle par l’Etat ? En effet, selon la note Les classes moyennes dans les pays émergents de Julien Damon, près de 157 millions de Chinois appartiennent à la classe moyenne (estimations de l’OCDE), un chiffre qui va croissant. Or le développement d’une classe moyenne a un effet sur le style de consommation et sur les valeurs. L’enquête de la Fondation La jeunesse du monde, réalisée en 2010 montrait d’ailleurs que les jeunes Chinois mettaient en avant des valeurs comme la liberté, l’émancipation, l’autonomie. L’auteure a souligné « l’illusion démocratique » chinoise : fragilisé par les attentes de la population, le gouvernement ne cesse de produire de l’illusion démocratique en se prévalant de la démocratie. Les jeunes et les classes moyennes ont un sens de la démocratie libérale, dont les concepts sont intégrés dans l’idéologie du gouvernement chinois. Mais il ne s’agit que d’une illusion dans le but d’établir le monopole de la violence légitime propre à l’Etat. Mais cette illusion nourrit les revendications de libertés et de droits perpétuant la fragilité du système politique chinois.

Selon Thi Minh-Hoang Ngo, le Parti communiste chinois utilise judicieusement les concepts occidentaux de ‘droit de l’homme’ et de ‘démocratie’ afin de mobiliser et unifier la population autour du parti. L’occasion pour Dominique Reynié d’évoquer les deux millions de Chinois qui étudient annuellement à l’étranger : quels effets sur le parti et le régime ? Cette élite mondialisée est-elle à même de réformer le système ? L’historienne a invité à la circonspection et à la prudence : rien ne dit que ces jeunes Chinois qui se sont formés à l’étranger auront les moyens d’effectuer ces transformations.