La Fondapol a reçu le 12 décembre 2012 Florence Haegel pour débattre de son livre Les droites en fusion, transformations de l’UMP, publié aux Presses de Sciences Po.
L’auteure est professeure à Sciences Po, directrice de recherche au Centre d’études européennes, et  responsable du Master « Sociologie politique comparée » à l’école doctorale de Sciences Po. Alain Auffray, journaliste politique à Libération, et Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, participaient à cet échange.


Débat autour de l'ouvrage Les droites en fusion… par fondapol

Dominique Reynié a d’abord souligné que cette discussion avait lieu dans un cadre et un contexte singuliers. Un cadre particulier d’abord, car la Fondation pour l’innovation politique, bien que n’ayant pas de lien organique et financier avec l’UMP, avait été pensée en 2002 par Jérôme Monod et Alain Juppé, au moment de la création du Parti. Un contexte inédit ensuite, car la droite libérale française se trouve aujourd’hui dans une situation de crise très spectaculaire. A l’échelle européenne, un mouvement agite également les droites de gouvernement (la situation de la droite italienne avec le possible retour au pouvoir de Berlusconi en est un exemple criant). Il est cependant important de noter que ce livre n’a pas été écrit exclusivement dans la perspective des récents évènements, mais avec un objectif plus large d’analyse de la Droite libérale.

Le terme de « fusion » employé dans le titre renvoie à la création du Parti de l’UMP, qui s’est fondé sur une fusion asymétrique (avec une nette domination des anciens RPR), mais aussi à l’ « incandescence » qui s’est emparée du mouvement après 2012 et a mis celui-ci en ébullition. Depuis les années 1950 et le livre de René Rémond, aucun livre n’avait dressé un panorama aussi précis des droites françaises. Cependant, la perspective de F.Haegel diffère de celle de son prédécesseur en ce qu’elle s’intéresse aux partis politiques, tandis qu’il avait orienté sa réflexion vers la permanence des sensibilités des droites culturelles. Ce thème des partis est particulièrement intéressant à étudier car d’après le directeur général de la Fondation, le désamour de la politique française pour les partis politiques est un sentiment particulièrement fort à droite de l’échiquier politique, qu’il s’agisse de la frange gaulliste, des démocrates chrétiens ou de la droite libérale. En effet, il n’existe pas de tradition partisane dans ces mouvements, et leur pluralité rend difficile leur réunion au sein d’une même organisation. La création de l’UMP est donc particulièrement surprenante, bien que les récents travaux des historiens cités par Florence Haegel nuancent ce constat, en prenant pour exemple la Fédération nationale catholique et l’Alliance libérale populaire. En réalité, c’est l’expérience de l’opposition qui a fait réaliser à la Droite française la nécessité de s’organiser en parti.

Au sein de l’UMP, l’auteure met en avant deux types de tensions : une tension organisationnelle, et une tension idéologique.  La première trouve ses origines dans la création du Parti, dont les membres ont porté leurs efforts sur un renforcement de la forme partisane en empruntant au modèle entrepreneurial (ce qui a eu pour effet de mobiliser énormément d’adhérents) mais ont négligé l’institutionnalisation de l’organisation (les normes régissant l’organisation n’étant pas très contraignantes, et pouvant être adaptées au gré des circonstances). Cette dernière caractéristique était d’ailleurs déjà présente dans le gaullisme.

Depuis 2004, le problème qui se pose est plutôt celui d’une radicalisation idéologique de l’UMP, et ce alors que jusque là la droite française était plutôt moins à droite que les autres droites européennes (économiquement plus interventionniste, moralement moins rigoriste, et plutôt moins religieuse, quoique défendant une position similaire sur le thème de l’immigration). Les récentes prises de position des leaders UMP sur l’identité nationale tendent d’ailleurs à rapprocher le Parti du Front national, bien qu’un écart très fort persiste quant à l’implication de la France au sein de l’ Union européenne. Dominique Reynié a tenu à rappeler à ce propos que cette droitisation s’inscrivait dans une société qui globalement se droitisait.

Alain Auffray est ensuite revenu sur les récents évènements, estimant que depuis 2004 et le travail de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP, le parti n’avait plus grand-chose à voir avec ce qu’A.Juppé envisageait en 2002 sur le modèle de la CDU allemande et du Parti populaire espagnol. Ainsi, de François Fillon à Alain Juppé en passant par François Baroin et Bruno Le Maire, tous héritiers du gaullisme, on retrouve un même rejet de la conception de l’UMP amorcée par N.Sarkozy et poussée à son paroxysme par JF Copé : emploi de techniques de marketing, mise en place d’une stratégie de communication opposant la Province à Paris, la « base » aux élites, etc… Mais alors que Nicolas Sarkozy, très opposé au pluralisme interne, avait réussi à fédérer le parti autour de sa personne, les tensions internes ont ressurgi après sa défaite aux élections présidentielles de 2012 : si Jean-François Copé adhère à une conception contemporaine du parti politique, François Fillon raisonne davantage en terme de famille (bien qu’il ait eu une trajectoire partisane, s’étant présenté en 1999 à la présidence du RPR). En choisissant parmi ces deux candidats, il semble que les votants n’aient pas intégré le paramètre important de la popularité de leur leader au sein de la population française en général. Autrement dit, fallait-il sélectionner le candidat à partir du vote de militants très peu représentatifs de la masse électorale française ? Plus fondamentalement, si Jean-François Copé se maintenait à la tête de l’UMP et que le Parti était désormais dominé par la rhétorique de Patrick Buisson, l’UMP serait-elle toujours l’UMP ?, s’est interrogé Alain Auffray… Il est possible en effet, dans ces conditions, que certains militants se tournent vers l’UDI de Jean-Louis Borloo.