Dans ce texte inédit, issu de la conférence qu’il a prononcée à la Fondation pour l’innovation politique le 24 janvier 2007, Raymond Boudon tire les conséquences pratiques de la théorie qu’il développe dans son récent ouvrage Renouveler la démocratie. Éloge du sens commun, paru aux éditions Odile Jacob en octobre 2006. Ce texte est suivi d’une postface de Dominique Lecourt, professeur de philosophie.Pour Raymond Boudon, certains symptômes invitent à penser que nos démocraties modernes, en particulier la France, ont contracté une maladie qu’il serait bon de soigner pour éviter de futures complications : multiplication des lois – suivies ou non d’application –, vie politique dominée par les conflits corporatistes, confusion entre égalité et équité, primauté du compassionnel sur le rationnel… Il y a plus grave, à savoir les « conversions illégitimes » des diverses formes de pouvoir entre elles, politique, économique, judiciaire, médiatique ou social. Or, pour remédier à ces dérives, il faut renouer avec les principes fondamentaux de la démocratie et, au premier chef, avec la notion de « spectateur impartial » que doit être le citoyen, animé individuellement par le bon sens et, collectivement, par le sens commun. La démocratie représentative est le seul système où ce citoyen peut s’épanouir et redevenir « source de droit », dans la droite ligne de la tradition libérale issue des Lumières, se référant dans ce cadre plus au sens commun qu’à ses intérêts particuliers ou à ses passions. La démocratie peut alors construire du consensus sur des raisonnements que la majorité partage, plutôt qu’osciller sous la pression des groupes d’intérêts et des émotions publiques. Enfin, il y a urgence à approfondir la séparation des différents pouvoirs, en renforçant certains comme le pouvoir législatif, en réaffirmant l’indépendance d’autres comme le pouvoir judiciaire ou en limitant le pouvoir médiatique.