La digitalisation du monde conteste progressivement les représentations économiques traditionnelles pour faire émerger un nouveau modèle de concurrence. Sur chaque marché numérique, un seul acteur concentre une large majorité d’utilisateurs et instaure ainsi une position dominante. Facebook domine les réseaux sociaux, Google la recherche Internet, BlaBlaCar le covoiturage, Netflix les films ou YouTube les vidéos. Le leader est apparemment soumis à une faible concurrence et conteste ainsi le modèle classique du marché.

Avec l’essor de l’économie du partage et le phénomène d’« ubérisation », particuliers, travailleurs indépendants et entreprises sont mis en concurrence. Les particuliers fournissent des offres de transport, d’hébergement ou de restauration substituables à celles des professionnels. La concurrence devient biaisée car impôts, normes et charges diffèrent selon le type de producteur.

L’émergence d’un modèle concurrentiel adapté au numérique repose conjointement sur le marché et sur les politiques publiques. La vitesse de l’innovation et le libre choix des utilisateurs créent une pression concurrentielle « naturelle » sur les entreprises dominantes. Le recours à des modes de paiement innovants et l’octroi de nouveaux droits pour les indépendants doivent instaurer des règles communes entre acteurs.

Le modèle économique numérique émerge progressivement. Les business models et les valorisations d’entreprises restent cependant fragiles car suspendus aux décisions politiques sur les données, la fiscalité, le travail indépendant ou l’économie du partage.

Cette note a été écrite par Charles-Antoine Schwerer, économiste chez Asterès.

Charles-Antoine Schwerer – La concurrence au défi du numérique by Fondapol on Scribd