Depuis des décennies, l’énergie nucléaire est une source majeure de production d’électricité bas carbone, garantissant l’accès de millions de personnes dans le monde à une énergie abordable. Aujourd’hui, l’industrie nucléaire est encore très dynamique. L’année 2018 a ainsi été une année record en termes de capacités mises en service, plus de cinquante réacteurs sont actuellement en construction dans le monde et de nombreux autres sont prévus. L’innovation se poursuit sur de nombreux fronts, des Générations III et IV aux petits réacteurs modulaires, des réacteurs expérimentaux à la fusion nucléaire.

Ces dernières années, le centre de gravité de l’expansion du nucléaire s’est nettement déplacé des économies avancées vers les économies émergentes et en développement. Cette tendance devrait se poursuivre : la part prise dans la capacité nucléaire mondiale par les économies émergentes et en développement va doubler au cours des vingt prochaines années.

Sécurité énergétique, production d’électricité bas carbone et fiabilité sont les éléments essentiels qui sous-tendent le déploiement de l’énergie nucléaire. Celle-ci a également de fortes implications sur le plan économique et sur le plan géopolitique. Propulsées par un programme solide et cohérent de déploiement sur leur territoire, la Russie est actuellement le plus grand exportateur de technologie nucléaire et la Chine est amenée à devenir également un acteur majeur du nucléaire. Les économies avancées, constituant autrefois les principaux acteurs et exportateurs, sont à présent confrontées au vieillissement de leur parc et aux questionnements sur l’opportunité de prolonger la durée de vie de certaines centrales et la nécessité d’en construire de nouvelles.

De nombreux challenges se posent au nucléaire : coûts d’investissement initiaux importants, modes de financement coûteux, allongement des délais de construction et forte opposition de certaines parties de la population qui a pu conduire, en particulier dans certains pays européens, à l’interruption immédiate de programmes nucléaires ou à leur abandon progressif. Face aux défis économiques, des solutions existent, comme le démontrent clairement les cas de la Russie et de la Chine. L’Europe possède le plus grand parc nucléaire du monde, une chaîne d’approvisionnement industriel totalement intégrée et un important écosystème d’innovation.

Pour certaines régions du monde, le fait de ne pas poursuivre ou d’abandonner l’option nucléaire rendra difficile, en termes de coûts comme de calendrier, l’atteinte des objectifs de décarbonation. Un avenir sans carbone exige que toutes les technologies soient mises à profit, et le nucléaire peut prendre part à ces efforts de façon décisive, y compris pour les applications non électriques telles que la production de chaleur, la production d’hydrogène et le dessalement de l’eau. Les décideurs politiques devraient prendre des mesures pour garantir cette contribution de l’industrie nucléaire à un monde décarboné en 2050.

Cette note a été écrite par Marco Baroni, expert de l’énergie, anciennement responsable de l’analyse de la production d’énergie pour le World Energy Outlook (Agence internationale de l’énergie), actuellement consultant dans le domaine de l’énergie et maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po).