La crise sanitaire renforce une demande d’aggiornamento d’un modèle de globalisation déjà malmené par l’administration américaine actuelle et dont les impasses environnementales sont pointées depuis longtemps. Dans ce contexte émergent des exigences de résilience centrées sur la sécurisation des chaînes de valeur de produits nécessaires pour affronter d’autres crises sanitaires. Cet impératif débouche en Europe sur des préoccupations bien plus larges liées à une dépendance (réelle ou déformée au prisme de la crise), en bout de certaines chaînes de valeur mondiales, dans la production de biens manufacturés.

La présente analyse se concentre sur la transition énergétique dite « bas carbone », initialement impulsée dans le cadre de la lutte contre le changement climatique mais dont la portée doit être réappréciée à l’abord de cette décennie ouverte dans le chaos. La capacité de cette transition à répondre à la fois à la demande de résilience et de renforcement de la base industrielle des Européens mérite attention : parce que la dépendance aux importations de pétrole et de gaz monte inexorablement, parce que l’ancrage dans l’Union européenne des actifs nécessaires à la délivrance de services énergétiques permettra de faire face à une diversité de chocs futurs (climatiques, géopolitiques…), parce que l’actuel modèle énergétique fait peser sur les Européens des pollutions délétères dont le coût collectif représente plusieurs points de PIB chaque année (et une mortalité plus importante que le Covid-19), parce que l’Union européenne est en quête de leadership industriel et qu’aucune autre option ne présente un tel potentiel…

Sans nul doute, l’engagement d’un Green Deal ambitieux dans le monde post-Covid-19 constitue, plus encore qu’auparavant, un défi : dans une Union européenne ébranlée par la crise économique, les effets redistributifs de cette transition doivent être anticipés, notamment sur les ménages précaires, les secteurs intensifs en carbone et les pays encore dépendants du charbon.


Cette étude est la troisième de « Relocaliser – Décarboner – Rapatrier », la nouvelle série de la Fondation pour l’innovation politique. Elle a été écrite par Patrice Geoffron, Professeur de Sciences Economiques à Université Paris Dauphine-PSL.