À Calais, depuis le milieu des années 1990 et l’ouverture du tunnel sous la Manche, la pression migratoire est allée grandissante. Aux réfugiés kosovars ont succédé Afghans, Iraniens, Soudanais ou encore Érythréens, et à la « jungle » pachtoune démantelée à l’été 2009 a succédé, en 2015, la « nouvelle jungle », véritable bidonville en périphérie de la ville. L’ampleur de la crise migratoire européenne, commencée en 2014, a provoqué une situation d’extrême tension.

Dans cette note, les auteurs reviennent sur les épisodes les plus marquants de ces vingt années de présence des migrants à Calais et comment ils ont marqué les esprits des habitants et du personnel politique. Ils analysent la situation particulière de Calais et le rôle des acteurs présents sur le territoire (réfugiés, responsables politiques locaux et nationaux, associations, forces de l’ordre…). Ils montrent comment la situation a semblé se répéter à Calais pendant une quinzaine d’années pour atteindre en 2015-2016 une intensité inédite, qui a donné le sentiment d’une perte de contrôle par les autorités et d’une véritable submersion. Diffusées localement et nationalement, ces représentations ont fait de Calais le symbole de la crise migratoire, en même temps qu’elles ont participé du phénomène de rejet des migrants par une partie significative des citoyens français.

Cette note a été écrite par Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et Stratégies d’entreprise de l’Ifop, et Sylvain Manternach, géographe-carthographe, formé à l’Institut français de géopolitique.