Les pratiques anticoncurrentielles des Big Tech montrent que ces entreprises n’hésitent plus à s’appuyer sur leurs positions dominantes pour évincer leurs concurrents, bloquer l’entrée de jeunes firmes innovantes et asseoir ainsi leur hégémonie aux dépens du reste de la société.

Un cercle vicieux manifeste s’engage : leurs immenses réserves financières étudiées dans la première partie de cette note croissent à proportion de ces entraves concurrentielles en même temps qu’elles les facilitent.

Derrière cet inquiétant tableau se révèle en creux l’incapacité chronique des autorités antitrust à agir dans un secteur où les modèles économiques défient leurs grilles d’analyse habituelles. Afin de recréer les conditions d’un environnement propice à l’innovation, un durcissement et une adaptation de la politique de concurrence sont nécessaires. Cette transformation doit s’accompagner d’un renforcement des moyens et des compétences des autorités administratives, trop souvent dépassées par des pratiques anticoncurrentielles dont la technicité et la complexité ne font que croître. Enfin, des politiques proactives comme des mesures d’interopérabilité et d’ouverture des droits de propriété industrielle compléteraient utilement la démarche souvent réactive de l’antitrust.
Trouver le juste équilibre entre rémunération des innovateurs d’hier et soutien aux innovateurs de demain demeure un exercice extrêmement délicat. Mais il est clair que le laxisme des autorités antitrust et la passivité des régulateurs mettent en péril l’entrée sur le marché de jeunes entreprises prometteuses. Il est urgent d’agir, afin de ne pas laisser les anciens champions empêcher l’émergence des champions de demain.

Cette note a été écrite par Paul-Adrien Hyppolite, ingénieur du corps des Mines, diplômé de l’École normale supérieure (normalien B/L) et de l’École polytechnique, chercheur invité à Harvard University ; il a travaillé pour une banque d’affaires conseillant des gouvernements, un fonds d’investissement et une entreprise du secteur spatial, et Antoine Michon, ingénieur du corps des Mines, diplômé de l’École polytechnique, dont il fut major de promotion ; il a travaillé pour une plateforme de données financières, une entreprise spécialiste des solutions de mobilité urbaine, ainsi qu’un fournisseur de logiciel de gestion et d’analyse de données.

La première partie de cette note est publiée simultanément et s’intitule Les Géants du numérique (1) : Magnats de la finance.

Une version anglaise de cette étude sera bientôt disponible sur le site de la Fondation pour l’innovation politique.