Les crises mettent en lumière des forces qui étaient considérées comme acquises et des faiblesses qui ont été ignorées. Les pays n’ont pas investi suffisamment dans les infrastructures, freinés par les préoccupations liées à la dette. Les batailles politiques sur les projets clés et les procédures réglementaires ne font qu’ajouter aux coûts et entraînent des retards. Pendant la crise, nous voyons à quel point les infrastructures sont précieuses et quels sont les risques du sous-approvisionnement. Dans un monde urbanisé, tout est connecté : les transports, la santé préventive et les hôpitaux, le développement du logement, l’eau et l’électricité, la qualité de l’air, l’éducation… Les tâches essentielles consistent à renouveler le stock de biens publics, à restructurer les régions urbaines et à réduire les coûts économiques et environnementaux futurs. Ce programme, qui englobe la santé et le changement climatique, doit être déployé en sachant que nous ne pouvons pas anticiper la fréquence ni la gravité des futurs risques transfrontaliers.

Où se situe alors l’Europe dans un monde de blocs régionaux ? Le marché unique a créé la deuxième plus grande économie du monde. La mobilité de la main-d’oeuvre, l’une des quatre libertés du marché unique, est essentielle à la vitalité des villes européennes qui composent le système urbain le plus grand, le plus dense et le plus ancien du monde. La réouverture des frontières n’est qu’une première étape, délicate par ailleurs. En protégeant et en renforçant le marché unique, y compris le développement d’industries et de technologies stratégiques, l’Europe peut montrer que la coopération entre les démocraties est la plus efficace pour rendre les sociétés plus sûres.

Cette note a été écrite par Josef Konvitz, qui a pris sa retraite de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2011, où il était directeur de la division Politique réglementaire. Il avait rejoint la division des Affaires urbaines de l’OCDE en 1992, qu’il a dirigée de 1995 à 2003. Historien de formation, il a fait partie de la faculté d’histoire de la Michigan State University de 1973 à 1992. Il est l’auteur de Cities and Crisis (Manchester University Press, 2015), ouvrage qui s’appuie sur des décennies de travail académique et d’engagement professionnel dans la gestion de crise. Il est professeur honoraire de l’université de Glasgow et titulaire de la chaire à l’Observatoire international Pascal.