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L’Europe, la crise grecque et nous

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La Fondation pour l’innovation politique a décidé de réaliser avec l’Ifop une enquête d’opinion européenne sur la crise grecque et plus largement sur la crise des finances publiques au sein de l’Union. L’enquête a été conduite auprès d’un échantillon représentatif de la population nationale française, allemande, britannique, italienne et espagnole. Le questionnaire a été administré du 11 au 19 mars 2010. Voici les principaux enseignements de notre étude :
Pour les Européens, la crise grecque résulte d’une mauvaise gestion des finances publiques. Une majorité des Européens (60 %) attribuent la crise grecque « au fait que les gouvernements grecs ont mal géré les finances publiques de leur pays ». La responsabilité des Grecs est l’opinion dominante dans chacun des cinq pays étudiés. Un quart des Européens (24 %) explique la situation grecque par la crise économique. Les autres (16 %) adhèrent à la thèse d’une crise provoquée par la spéculation financière. C’est en France (24 %) et en Italie (23 %) que cette thèse est la plus largement admise.
L’aide à la Grèce divise les Européens : 76 % des Allemands et 78 % des Britanniques ne souhaitent pas que leur pays aide financièrement la Grèce. Au contraire, les Français (53 %), les Espagnols (55 %) et les Italiens (67 %) y sont favorables.
Les Européens ne portent pas le même jugement sur l’exposition de leur propre pays à une crise financière comparable dans les prochains mois ou les prochaines années. Les Espagnols (69 %), les Français (61 %) et les Italiens (56 %) s’estiment menacés ; les Allemands pensent être préservés (66 %) ; les Britanniques sont partagés (50 %).
Dette publique et retraites : l’inquiétude des Européens est massive : 86 % des Européens disent leur inquiétude en pensant à la dette de leur Etat. L’inquiétude est dominante dans chacun des cinq pays. 84 % des Européens expriment leur préoccupation quant à l’avenir des retraites dans leur pays. Là encore, cette préoccupation est dominante dans chacun des cinq pays.
La nation et l’Europe : gare aux faux-semblants…

  • Pour faire face à la crise économique actuelle, les Européens situent les solutions davantage au niveau national (59 %) qu’au niveau de l’Union (41 %). Les Allemands sont plus partagés (52 % privilégient le niveau européen et 48 % le niveau national).
  • L’idée d’un impôt européen permettant d’aider les pays de l’Union en cas de crise grave divise les Européens. Les Allemands (82 %), les Français (73 %) et les Britanniques (73 %) y sont opposés. Les Italiens (57 %) et les Espagnols (55 %) y sont favorables.
  • Mais la crise est affaire de conjoncture. Sur un plan plus stratégique, il est intéressant de souligner que les Européens sont cependant favorables (66 %) à une européanisation des dépenses publiques si cela doit permettre des économies nationales et en acceptant le prix de nouvelles concessions de souveraineté. Les Britanniques ne constituent qu’apparemment l’exception attendue. En effet, ils manifestent surtout un point de vue plus équilibré : une forte minorité (45 %) se disant favorable à une telle européanisation de la dépense publique.

Placés dans l’hypothèse d’une diminution des dépenses publiques et invités à choisir les secteurs sur lesquels pourraient porter l’effort, les Européens décident clairement de sacrifier le secteur de la défense et de l’armée (40 %). En revanche, les Britanniques se distinguent fortement. Ils ne sont que 13 % à envisager des économies dans ce secteur. La réduction de l’aide aux entreprises qui est le deuxième poste d’économies choisi par les Européens, comme si ils s’apprêtaient à revoir également à la baisse leurs ambitions économiques.


L’enquête de la Fondation pour l’innovation politique met au jour l’existence de tensions qui détermineront le futur de l’Union comme celui de chacun des Etats membres. L’arbitrage en faveur du confort privé se fait au détriment de l’affirmation d’une puissance publique, qu’elle soit nationale ou européenne. En ce sens, les réponses privilégiant l’échelle nationale ne doivent pas être nécessairement interprétées comme le signe d’un retour de la nation. On peut aussi bien y voir la marque d’une réaffirmation de l’attachement des Européens à leur bonheur privé parce qu’ils le sentent menacé par le vieillissement démographique, la globalisation, la crise économique et celle de leurs finances publiques.

Deux grandes conceptions de l’Europe se manifestent : d’un côté, une Europe de la redistribution et de la solidarité, défendue par les Italiens et les Espagnols. Elle peut susciter l’adhésion mais elle ne trouve pas les moyens de son financement ; de l’autre côté, une Europe de la rigueur économique et financière, évidemment portée par les Allemands. Elle est cohérente avec les contraintes financières et démographiques, mais elle fragilise l’adhésion au projet européen.

Les Français et les Britanniques occupent des positions intermédiaires ou alternatives. Les Français se rangent du côté de l’Europe de la redistribution lorsqu’ils défendent l’aide financière à la Grèce, avec les Italiens et les Espagnols, mais ils rejoignent les Allemands et les Britanniques lorsqu’ils s’opposent à un impôt européen dont le produit, s’il existait aujourd’hui, permettrait précisément d’aider les Grecs. Quant aux Britanniques, s’ils ne se départent pas de leur tropisme souverainiste habituel, ils manifestent cependant quelques signes d’ouverture à une européanisation des politiques publiques qu’il serait dommage de sous-estimer.

A télécharger :

Ecouter les interviews de Dominique Reynié à LeMonde.fr


A lire sur LeMonde.fr : « Les opinions sont divisées sur la nécessité d’une aide à la Grèce »

2 réponses à L’Europe, la crise grecque et nous

  1. Ping : « La crise c’est pratique ! » | | ActualutteActualutte | Le journal qui s'indigne !

  2. LAFON F. dit :

    Ne pas oublier le non des français au referendum transformè en oui par l’assemblée nationale!!!

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